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monsanto, ou comment « en vendre le plus possible » - de la biodiversité



MONSANTO, OU COMMENT « EN VENDRE LE PLUS POSSIBLE ».
par Emmanuelle Grundmann & Florian Dezegher


Depuis l’entreprise familiale et bienveillante fondée en 1901 par John Francis Queeny jusqu’au symbole de la nécro-entreprise1 mondiale, voici le parcours d’un pollueur qui se place toujours au-dessus des lois et qui joue aux apprentis sorciers pour égaler Dieu et thésauriser les sacro-saints billets verts. Dans ce cadre capitaliste, Monsanto est une firme où toutes les évolutions consécutives furent marquées par des succès retentissants aux conséquences non moins reluisantes. Suivons alors sa propre chronologie de développement afin de cibler les produits phares de cette marque qui ont révolutionné l’histoire du XXème siècle.


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photographie : laure maud


C’est véritablement au sortir de la Grande Guerre que Monsanto entre dans l’ère de la chimie et dans la nécro-industrie avec le tristement célèbre « Agent Orange ». A cette période, Monsanto s’associe avec l’IG Farbenfabriken au sein de la Chemagrow Corporation. Rien d’extraordinaire en cela si ce n’est qu’IG Farbenfabriken avait apporté un soutien important au parti nazi dans les années 1930 et qu’elle avait fabriqué ensuite le Zyklon B destiné aux chambres à gaz. C’est ainsi, qu’au sein de Chemagrow Corp. des chimistes américains ont, avec des collègues anciens nazis, collaboré à l’élaboration de nouvelles armes chimiques2.

D’abord toute dédiée à la fabrication d’édulcorants alimentaires (saccharine et vanilline) ainsi qu’à la caféine, l’entreprise Monsanto va cependant très vite grandir. En effet, à cette époque, son principal client est une petite société d’Atlanta, multinationale en devenir, répondant au nom de Coca-Cola. C’est seulement au crépuscule de la Ière Guerre Mondiale que les dirigeants se tournent vers la branche pharmaceutique afin de vendre de l’aspirine. Pour le moment, rien d’exceptionnel si ce n’est qu’en 1929, la société prend un virage décisif avec l’exploitation de caoutchouc et de phosphate, sources de multiples dérivés (engrais et lessives pour les plus connues). Alors que les États-Unis peinaient à repousser l’armée japonaise, l’idée germa d’affamer le pays en détruisant les récoltes de riz à l’aide d’un puissant herbicide.
« Des recherches financées par le gouvernement découlèrent la fabrication de l’Agent Orange, une combinaison de deux herbicides : le 2,4-D et le 2,4,5–T créé par l’entreprise Monsanto. Des Agents Blanc et Bleu furent également crées, chacun devant son nom aux bandes de couleur apposées sur les barils de produit. L’Agent Orange constitua 60% des 80 millions de litres de défoliants déversés au Vietnam et l’Agent Bleu cibla tout particulièrement le riz. » Ceci représente l’équivalent de 400 kilos de dioxine pure explique Marie-Monique Robin dans son livre ‘Le monde selon Monsanto’ paru aux édition Arte/La découverte. Or, la dissolution de 80 grammes de cette dioxine dans un réseau d’eau potable, conclut une étude de l’université Columbia, suffit pour rayer de la carte une ville de 8 millions d’habitants… « Les premières armes de destruction massive étaient nées, et utilisées par les Etats-Unis. Au regard de l’actualité de ces dernières années liée au conflit irakien, on pourrait presque sourire de ces revirements ironiques de l’histoire si les conséquences n’étaient pas si dramatiques. D’autant plus que la convention des Nations Unies de 1980, interdisant l’utilisation de l’Agent Orange comme d’autres armes biologiques et toxiques, contre les populations civiles, n’a pas été signée par les États-Unis, ces derniers affirmant cependant avoir détruit leur arsenal en 2001.


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photographie : laure maud


L’Agent Orange fabriqué est testé sur un atoll du Pacifique mais les dégâts sont tels que le président Roosevelt finalement renonce à l’utiliser et en interdit l’usage à l’armée. Scrupules que n’auront pas ses successeurs, puisque le président Eisenhower autorise en 1959 la conception d’une technologie permettant l’épandage du Napalm par voie aérienne. Sept entreprises américaines se lancent alors dans la fabrication de l’herbicide, contenant du TCDD, un produit dérivé du 2,4,5-T, aussi appelé ‘dioxine’, qui, selon les recherches médicales, est cancérigène, provoque des malformations congénitales chez les foetus et entraîne des mutations d’ordre génétique.

Puis, le 30 novembre 1961, John F. Kennedy donne le feu vert pour défolier la forêt vietnamienne et quelques mois plus tard, en mai, il lance l’opération ‘Ranch Hand’ ayant pour objectif de détruire par les mêmes méthodes chimiques les récoltes agricoles. Pour la première fois, détruire un environnement, un écosystème, devient un objectif de guerre en soi. Pendant dix années, l’armée américaine va déverser 72 millions de litres d’herbicides dont plus de 41 millions de litres d’Agent Orange sur près de 2 millions d’hectares de forêt et de rizières. C’est la première et plus grande guerre chimique de l’histoire qui va résulter en un gigantesque massacre humain et un titanesque écocide.
Le bilan écologique au Vietnam est en effet atterrant : 43% des régions cultivées sont gravement polluées, les eaux contiennent des taux de dioxine parfois un milliard de fois plus élevés qu’un taux considéré comme normal, 60% des plantations d’hévéas sont détruites ainsi que 44% de la forêt tropicale humide et 36% de la mangrove. Dans les pays voisins, eux aussi touchés par l’Agent Orange, le bilan environnemental est également très lourd : 150 000 hectares de forêt et de plantations détruites au Cambodge et 160 000 hectares de forêt détruites au Laos3. » Il ne faut pas oublier le bilan humain de ces épandages en masse. En raison de la grande stabilité de la dioxine, les sols, rivières et nappes phréatiques sont aujourd’hui encore pollués, plus de quarante ans après l’épendage de ce produit hautement toxique et cancérigène induisant de nombreuses maladies (lymphomes, leucémies…) et des malformations à la naissance. Une séquence du documentaire de Marie-Monique Robin « Le monde selon Monsanto » diffusé le 11 mars dernier sur Arte est particulièrement bouleversante. La caméra effectue un travelling dans l’hôpital Tû Dû d’Ho Chi Minh ville nous montrant des alignements de bocaux contenant des foetus monstrueux, malformés, un cimetière de bébés déformés suite aux effets de la dioxine. Une scène qui se passe de tous commentaires.
« Les États-Unis, en utilisant ce type d’agent chimique, violaient le protocole de Genève de 1925 et se rendaient coupables d’un crime qui produit encore ses effets aujourd’hui tant l’Agent Orange et surtout la dioxine ont imbibé la terre et l’eau. Les images de squelettes d’arbres à perte de vue sont elles aussi difficiles à oublier et quarante ans après, la forêt continue de panser ses plaies, non sans mal ».4 Quant à l’entreprise Monsanto, soutenue par les États-Unis, elle n’a jamais été poursuivie5. Mais ce n’est pas tout, Monsanto ne s’est pas contenté de fournir cet Agent Orange, l’entreprise a également muselé les scientifiques, falsifié des études scientifiques en un mot, elle a organisé son impunité. Ainsi, on apprend par exemple qu’un célèbre épidémiologiste et toxicologue anglais, considéré comme l’un des plus grands cancérologues de son époque, Richard Doll avait pendant vingt ans travaillé pour Monsanto qui lui versait la coquette somme de 1500 US$ par jour, pour clamer haut et fort qu’il n’y avait aucun lien de cause à effet entre l’Agent Orange et le développement de cancers. Son avis fut utilisé pour débouter toutes les demandes de réparation des vétérans de la guerre du Vietnam, atteint de divers cancers suite à l’exposition prolongée avec l’Agent Orange. On peut ainsi lire dans une lettre de 1985 qu’il avait adressée à la commission d’enquête qu’« il n’y a aucune raison de penser que le 2,4-D et le 2,4,5-T sont cancérigènes pour les animaux de laboratoire et que même la TCDD (dioxine) qui a été présentée comme un polluant dangereux contenu dans les herbicides est, au plus, faiblement cancérigène pour les animaux.6 »


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photographie : laure maud


En février 20077 , suite à l’émission de vapeurs malodorantes, 67 types de produits chimiques dont des dérivés d’Agent Orange, des dioxines ou des PCB - produits uniquement fabriqués par Monsanto - sont retrouvés dans le sol de la réserve naturelle de Brofiscin, au Pays de Galle où ils ont été enfouis dans les années 1960. L’agence de l’environnement britannique a d’ores et déjà dépensé la coquette somme de £800 000 pour analyser ces déchets et tenter d’en savoir plus sur leur impact environnemental et sur les risques de contamination qu’ils posent et estime le coût de dépollution à quelques 150 millions d’euros. L’agence a par ailleurs ouvert une enquête à ce sujet, Monsanto et le gouvernement Britannique auraient délibérément dissimulé les risques encourus suite à l’enterrement de ces déchets qui ont aujourd’hui fait de cette réserve l’un des lieux les plus pollués du Royaume-Uni.

Aujourd’hui, le produit phare de Monsanto, contrairement à l’Agent Orange ou aux PCB est en vente libre, dans n’importe quelle grande surface. Son nom : le Roundup. Utilisés dans les jardins par les particuliers depuis 1974, ce produit était étiqueté biodégradable, propre et respectueux de l’environnement, tout en gardant ses fonctions d’herbicide total. Un produit miracle en quelque sorte, mis sur le marché à grands renfort de campagnes publicitaires. Or, les études du professeur R. Bellé au C.N.R.S. de Roscoff et de G.-E. Seralini à Caen en 2001 ont montré que le Roundup provoquait des perturbations endocriniennes et des divisions cellulaires intempestives à potentiel caractère cancérigène. Finalement, la 5eme chambre du tribunal correctionnel de Lyon a reconnu en janvier 2007 le caractère mensonger de publicité pour le Roundup et condamné Monsanto à plus de 15 000 dollars d’amende8 . Une plainte similaire a été déposée auprès du T.G.I. de Nanterre en septembre 2005. En revanche, l’état de New York a abandonné les poursuites contre Monsanto en 1996 après que ce dernier ait simplement retiré les spots publicitaires du réseau de diffusion sur le petit écran. Ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on connaît le principe des « portes tournantes » ** ou chaises musicales aux États-Unis résultant dans le fait que beaucoup de dirigeants de Monsanto ont ensuite occupé des postes clés dans le gouvernement ou au sein de la Food and Drug Administration (FDA), organisme clé dispensant les autorisations de mise sur le marché de nouveaux aliments ou médicaments9 .

** Le jeu des chaises musicales ou « revolving doors ».

Comment faire en sorte qu’une grosse entreprise obtienne le soutien le plus total de l’État et que certaines législations soient revues afin que l’entreprise puisse plus facilement faire approuver de nouveaux produits agro-alimentaires ? En évitant par exemple de s’encombrer de toute cette batterie de tests sanitaires retardant parfois de plusieurs années la mise sur le marché des produits ? C’est très simple et cela relève quasiment de la prestidigitation ! Prenez un haut cadre de votre industrie et faites-le recruter par une agence de réglementation ou par un ministère et le tour est joué. Une pratique du nom de « revolving doors », littéralement les portes tournantes qui relève chez nous du jeu des chaises musicales. Passé maître dans l’art des « revolving doors » Monsanto a réussi l’exploit de tenir ou faire tenir quatre ministères par des proches. Ainsi, Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense était le PDG de Searle, une filiale de Monsanto ou bien Ann Venneman passé de Calgene, une société appartenant à Monsanto au secrétariat de la santé dont dépend la FDA (Food and Drug Administration). On peut également nommer Robert Fraley, « l’inventeur » du soja Roundup Ready vice président de Monsanto, nommé conseiller technique au secrétariat à l’agriculture, mais la liste est longue, un ancien de Monsanto a même été nommé juge à la cour suprême. Un système imparable pour inonder le marché de ses produits et surtout faire fermer les yeux des administrations et du gouvernement américain sur les potentiels dangers de certains produits comme les PCB ou l’hormone de croissance bovine. Curieusement, on notera le faible soutien (pour ne pas dire l’absence de soutien) de l’État américain pour protéger ses citoyens face à l’impact terrible sur la santé publique et sur l’environnement des PCB ayant été enfouis dans la petite ville d’Anniston. Une bien curieuse absence…




photographie : laure maud


Mais Monsanto n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. Il se lança dans les années 1980 dans un secteur très prometteur : les biotechnologies et les OGM. Même s’ils représentent une incontestable avancée dans le domaine scientifique, leur impact sur l’environnement et sur la santé pose divers problèmes, de taille ! Le premier est relatif à l’emprise que Monsanto exerce sur les agriculteurs avec ses semences dites de type Terminator contenant un gène rendant les graines stériles. Les agriculteurs sont alors dans l’obligation d’acheter chaque année leur stock de semences sans pouvoir réutiliser celles de la récolte précédente, comme cela se fait pourtant depuis les débuts de l’agriculture, une violation des lois agraires de l’O.M.C. Le second concerne le monopole de Monsanto, reconnu premier semencier mondial en 2005 avec le rachat de Seminis Inc. et de multiples autres semenciers à travers le monde. Qui dit biotechnologies, dit brevets, encore que ceci ne soit pas de la plus grande évidence

Car le vivant n’est pas brevetable, en principe. Les multinationales jouent sur l’ambiguïté de l’article 27:3b des ADPIC (TRIPPS pour les anglophones), accords sur les aspects des droits de propriété intellectuelle touchant au commerce stipulant que végétaux, animaux autres que micro-organismes et procédés biologiques d’obtention de végétaux ou d’animaux sont exclus de la brevetabilité, sauf cas particuliers pour, par exemple, la protection de variétés végétales. Ainsi, de plus en plus de brevets sont déposés sur des organismes vivants, ce qui implique que quiconque utilisera dorénavant ces plantes ou semences brevetées, « inventées » par la multinationale, devra lui verser des royalties sous peine d’être poursuivie en justice pour violation du droit de la propriété intellectuelle. Une manière pour Monsanto, leader sur ce marché, de contrôler les semences mondiales et, à terme, la nourriture mondiale. Les exemples abondent, entre le soja Roundup Ready, le coton BT ou le maïs MON 810.
Monsanto n’hésite pas encore une fois à falsifier des études scientifiques sur l’impact de ces OGM, à pratiquer le marketing viral ou à faire pression afin que certains scientifiques se taisent…** Le film de Marie-Monique Robin ‘Le monde selon Monsanto’ et son livre éponyme sont à ce propos édifiants, et le résultat de sa longue enquête sur Monsanto fait froid dans le dos. Les exemples sont légions, citons cependant le cas d’Arpad Pusztai, un biochimiste de renommée internationale qui s’était vu confier en 1995 une étude sur l’impact de pommes de terres transgéniques sur la santé. Un gène fabriquant la lectine du perce-neige a été inséré dans la plante, cette protéine ayant une action insecticide naturelle en protégeant la plante des pucerons. Testée sur des rats, la lectine pure n’avait aucun effet, mais Arpad Psztai observa chez les rats nourris avec les pommes de terre transgéniques une prolifération anormale des cellules de l’estomac, une inquiétante surchauffe du système immunitaire dans l’estomac et des problèmes liés à l’activité reproductrice. C’était, explique le scientifique, comme si l’organisme du rat traitait la pomme de terre comme un corps étranger contre lequel il fallait lutter, quant aux proliférations cellulaires, elles étaient inquiétantes car pouvaient faciliter le développement de tumeurs. La lectine pure n’étant pas en cause, le chercheur est convaincu que c’est le processus de manipulation génétique qui est à l’origine de ces dysfonctionnements. Mais, à peine ces résultats énoncés, sa carrière est brisée. Après trente années de recherche ‘exemplaire’ le scientifique et toute son équipe sont simplement remerciés et mis à la porte. A l’origine de cette étrange décision le cabinet de Tony Blair qui, nous apprend l’enquête de Marie-Monique Robin a mené une véritable bataille pour dénigrer les recherches du docteur Arpad Psztai et la très respectée Royal Society…

** Les sales méthodes de Monsanto - « marketing viral : comment infecter le monde »

Malgré toutes les précautions mises en place par le jeu des « revolving doors », de petits grains de sable viennent parfois perturber l’engrenage si bien huilé. Ceux-ci ont pour nom « chercheurs », mais attention, pas n’importe lesquels, des scientifiques indépendants et honnêtes. Qu’à cela ne tienne, Monsanto a plus d’un tour dans son sac. Pour faire taire ces lanceurs d’alerte, ils ont font appel au « marketing viral ». L’idée est de créer de faux chercheurs et de faux articles scientifiques afin de mener une campagne de diffamation et de discréditation à l’encontre des lanceurs d’alerte ayant osé émettre par exemple des réserves sur un maïs OGM ou sur l’impact des OGM sur la santé. C’est ce qui est arrivé au très renommé professeur Ignacio Chapela. Ce dernier avait osé publier dans la très prestigieuse revue Nature un article sur la contamination du maïs mexicain par des OGM, contamination résultant de la création de monstres ; les portions d’ADN étrangères s’étant fixées de manière aléatoire dans le génome de la plante, contrairement à ce qui doit « normalement » se passer. Très vite il est taxé - par le biais de courriels envoyés à des milliers de chercheurs sur le site scientifiques pro-OGM AgBioWorld - d’activiste et non de scientifique, et ses résultats puis son travail sont petit à petit démolis. Cependant, en enquêtant sur les dessous d’AgBioWorld, on découvre que cette soi-disant fondation à but non lucratif promouvant les biotechnologies est hébergée sur le site appollo.biving.com. Or, le groupe Bivings, comme le révèle l’enquête de Marie-Monique Robin (le monde selon Monsanto) est un groupe de communication qui travaille pour… Monsanto et qui plus est, qui s’est spécialisé dans le lobbying sur Internet. En attendant, la carrière d’Ignacio Chapela a été brisée net et les maïs mexicains continuent, malgré le désir du Mexique de ne pas accueillir d’OGM, d’être pollués par des semences transgéniques. Celles-ci peuvent, à terme, anéantir le patrimoine génétique naturel des maïs mexicains. Un moyen très sale pour Monsanto de récupérer l’important marché mexicain où le maïs constitue l’aliment de base.
A ce propos, on peut lire l’excellent article de Georges Monbiot publié dans The Guardian et intitulé ‘The Fake Persuaders’ où l’on découvre comment la firme s’enorgueillit de son « savoir-faire » dans un document mis en ligne, intitulé : « Marketing viral : comment infecter le monde ».


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photographie : laure maud


Monsanto continue à dicter sa loi, faisant pression ici et là, et imposant un véritable chantage économique par le système des brevets. A ceux qui croient encore aux bienfaits des OGM, cet extrait du discours du directeur de la communication chez Monsanto (90% des OGM cultivés sur la planète lui appartiennent) ne peut que susciter la plus vive inquiétude. En effet, ce dernier déclarait : « Nous n’avons pas à garantir la sécurité des produits alimentaires génétiquement modifiés. Notre intérêt est d’en vendre le plus possible »10 . Après cela, qui peut encore croire au caractère philanthropique de Monsanto, dont les activités sont dédiées à sauver le monde de la famine ? Un producteur de soja transgénique sud-africain Mark Lewis, à d’ailleurs saisi l’Advertising Standard Authority11 en 2007, demandant à Monsanto d’apporter des preuves scientifiques étayant cette affirmation.
Monsanto s’est également positionné sur le marché en plein boom des agro-carburants. L’éthanol brésilien, issu notamment de la culture du maïs (de l’éthanol est également fabriqué à partir de canne à sucre, intensivement cultivée au Brésil), est la cible privilégiée de Monsanto qui souhaite créer un maïs « hybride » OGM dédié au bioéthanol et donc non comestible. La compagnie a d’ores et déjà signé des accords avec le président Lula afin d’obtenir le monopole sur ces futures cultures au Brésil où par ailleurs la main d’oeuvre locale est très bon marché . Pour cette nouvelle expérimentation (qui osera dire ensuite que nous ne servons pas de cobayes à ces grandes multinationales… ?) Monsanto s’est associé à un laboratoire appartenant au groupe Lockheed Martin spécialisé en aéronautique et dans le secteur militaire et nucléaire, fournissant notamment des armes pour la guerre en Irak. On ne peut que douter et faire preuve d’inquiétude vis-à-vis d’une telle association…

Par ailleurs, Monsanto et BASF viennent de signer le 29 juin 2007 un protocole d’accord bilatéral pour promouvoir le fongicide Headline auprès des agriculteurs états-uniens. Et les OGM continuent à se répandre bon gré mal gré sur la planète, contaminant accidentellement (et peut-être sciemment également) les cultures traditionnelles, des OGM qui sont cultivés avec grand renfort de Roundup et autres pesticides dont l’impact monstrueux sur l’environnement n’est plus à démontrer.

Toute la stratégie de Monsanto réside dans la description faite par le président de l’entreprise, Edgar Monsanto Queeny en 1943 : « a cold, granitic believer in the law of the jungle ». Le monde est une jungle que Monsanto arrange selon son propre goût pour en tirer des profits substantiels quitte à détourner les lois s’il le faut. Par ailleurs, il convient de s’interroger sur l’impact du contrôle des semences et donc de l’alimentation mondiale par un seul groupe, soutenu corps et âme par les États-Unis, n’est-ce pas là une arme très puissante, bien plus encore que l’arme nucléaire ? Entre 1995 et 2005 Monsanto a racheté 50 compagnies semencières à travers le monde, et cela concerne un nombre important de semences : coton, soja, blé, maïs, tomates, pommes de terre et sorgho. Un monopole qui à terme pourra entraîner la disparition pure et simple de toutes les semences non transgéniques. 



article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°5 du mois de mars 2008




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