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la révolution du carbone - du climat



LA RÉVOLUTION DU CARBONE.
par Arnaud Legrand


Le temps où des mots comme « dioxyde de carbone » ou « CO2 » n’évoquaient en nous que des grands moments de solitude face à un problème de chimie est bel et bien révolu. Cette molécule, vecteur symbolique mais bien réel de l’enjeu environnemental qui nous attend au tournant, s’est aujourd’hui subrepticement insérée dans notre réalité quotidienne. Sur les pare-brises des voitures du salon de l’automobile de Paris, dans les résultats boursiers des journaux financiers, bientôt sur les étiquettes des lessives de notre supermarché local… et ce n’est qu’un début. Vivre avec son compteur personnel de CO2, un futur proche ou un scénario de science-fiction ?


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illustration : nikita design


Le transfert du coût environnemental du carbone dans la valeur marchande des biens et des services vendus traduit la tendance de notre économie de marché à prendre en compte les impacts économiques du changement climatique. Sur cette nouvelle règle de décision selon laquelle un objet ou un voyage sera d’autant plus cher que son utilisation ou sa fabrication implique une émission importante de gaz à effet de serre, nombre de nos réflexes changent.

Le marché européen du carbone, mis en place en 2005 pour les industries les plus émettrices de gaz à effet de serre (raffineries, cimenteries, aciéries…), a ainsi contraint des entreprises françaises fabricant du ciment a arrêter leurs usines tant le coût de leurs émissions rendait leur activité non rentable. Ce n’est qu’un début. Le jeune marché européen du carbone est prometteur mais perfectible, les changements se font en douceur. Malgré l’urgence climatique, l’essentiel est que les entreprises concernées intègrent maintenant la contrainte du changement climatique au premier plan de leurs préoccupations et de leur stratégie. Dès 2011, l’entrée des compagnies aériennes sur le marché du carbone européen changera également la donne du transport international. Le prix actuellement si bon marché du billet d’avion sur les vols des compagnies low cost risque bien également de s’envoler. Choisir le train plutôt que l’avion pour partir en vacances ou en voyage d’affaires ? Le carbone conditionnera de plus en plus le choix de nos destinations et de nos déplacements. Le voyageur peut aujourd’hui choisir de « compenser » ses émissions, en payant, sur la base du volontariat, à des organismes luttant contre le changement climatique l’équivalent du coût environnemental du carbone émis lors de son voyage. C’est déjà un début. Mais ces contraintes ne s’appliquent pour l’instant qu’à l’homme occidental, capable seul de se payer le luxe de payer plus cher – pas forcément de gré ! – le droit de mener grand train. Et pour les habitants de l’Afrique sub-saharienne ou de l’Asie pacifique ?




illustration : nikita design



La Chine, dont l’appétit d’ogre consomme à tout va des énergies d’origine fossile, revendique le droit d’accéder à un niveau de développement sans contraintes environnementales, comme l’ont fait pendant deux siècles l’Europe et l’Amérique. Ce pays possède en effet 2 à 3 siècles de réserves en charbon, une des ressources énergétiques les moins chères, les plus émettrices de gaz à effet de serre et les plus abondantes de la planète. Or d’ici 2030, la Chine aura émis autant voire plus de gaz à effet de serre que les Etats-Unis depuis leur création.

Tout l’enjeu de ce transfert du coût du carbone est donc là : limiter l’impact mondial de l’Homme sur le changement climatique tout en permettant aux pays émergents un développement décent.

Un ouvrier chinois gagne au plus 1000 euros par an. Bien peu pour s’acheter une conscience environnementale. Et que dire au pêcheur du lac Tchad, véritable réfugié climatique, qui paie déjà le prix fort en subissant depuis des années la baisse du niveau des eaux du lac ? Pourtant, les pays du Nord comme ceux du Sud comprennent aujourd’hui que ne rien faire pour lutter contre le changement climatique leur coûtera encore plus cher que d’agir, comme l’a démontré récemment l’économiste britannique Stern dans son rapport. Une chasse au carbone, nouvel or virtuel du 21ème siècle, semble ainsi se profiler dans les décennies qui viennent. A chaque échelle du tissu socio-économique, du citoyen au pays, du kilo de bœuf au parc de centrales énergétiques, le CO2 émis sera dûment compté, sûrement rationné. Un changement radical. Espérons que cette révolution du carbone se fera loin du spectre de l’« éco-fascisme » et des conflits que savent malheureusement si bien mener les dirigeants de ce monde au nom de l’impérialisme. La nécessité de créer une gouvernance mondiale de l’environnement - comme par exemple l’ONUE - n’a sûrement rien d’une chimère pour mener à bien cette révolution sans augmenter les inégalités entre pays du Nord et pays du Sud. 



article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°O du mois de mai 2007




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