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la haute qualité environnementale (HQE) - de l’habitat



LA HAUTE QUALITÉ ENVIRONNEMENTALE (H.Q.E.).
par Loïc Fel


La démarche H.Q.E. (Haute Qualité Environnementale) est un ensemble de critères et de procédés pour la construction environnementalement responsable. Prise d’un phénomène de mode depuis le début des années 2000 les constructions du type H.Q.E. se multiplient avec une grande diversité d’approches, du Musée du Quai Branly aux Plan Local d’Urbanisme en passant par les maisons individuelles. Cette méthode est adaptée au développement durable et s’inspire de l’architecture environnementale du Vorarlberg (Autriche) comme des expériences menées en Finlande depuis les années 1960.

La H.Q.E. a été conçue dans les années 1990 sous l’égide du ministère de l’équipement. Ce procédé consiste à appliquer au bâti les principes écologiques d’économie des ressources naturelles et d’amoindrissement des pollutions, aussi bien sur le chantier de construction, que pour l’utilisation des bâtiments, et même leur démolition. Cette architecture met en avant une éthique environnementale en lieu et place d’une esthétique. En se concevant à partir de l’application de normes de qualités écologiques, les ingénieurs et architectes membres de l’association H.Q.E. fondée en 1996 par Gilles Olive tiennent un discours fonctionnaliste qui met de côté les considérations esthétiques traditionnelles. Leurs constructions sont à appréhender non pas d’un point de vue formel, mais en fonction de leurs performances écologiques. Elles sont conformes à leurs ambitions dès lors qu’elles s’insèreront parfaitement dans leur environnement en ne le modifiant pas (quand toutes nos activités le font).




illustration : chris Lucas



La H.Q.E. se définit en 14 « cibles » ou critères environnementaux, qui, malgré les difficultés techniques à leur réalisation, laissent une grande liberté aux constructeurs aussi bien d’un point de vue stylistique que du point de vue des matériaux, des méthodes de constructions et des moyens techniques. Le succès de ce procédé tient probablement à l’abstraction de sa définition qui fonctionne plus comme un label que comme un mouvement architectural. Ainsi, la H.Q.E. regroupe un ensemble de réalisations profondément hétéroclite. La force de cet éclectisme est de pouvoir fédérer tous les types de projets architecturaux.



Entretien avec Olivier Piron, Secrétaire permanent du Plan Urbanisme Construction Architecture, ministère de l’équipement.

Par Loïc Fel, Paris, le 10 février 2003

Loïc Fel : Vous m’avez été présenté comme l’un des pères de la H.Q.E., pourriez-vous me raconter l’origine de cette méthode de construction ?

Olivier Piron : A l’origine, nous, Le P.U.C.A. (Plan Urbanisme Construction Architecture du ministère de l’équipement), avons reçu une commande politique sur le thème « construction, environnement, santé » de Madame Lienemann. Nous voulions fixer des critères d’évaluation des constructions par rapport à l’environnement et la santé. A cette fin nous avons créé l’A.T.E.C. (Atelier Technique et Environnement). Cet atelier a défini les cibles de la H.Q.E. et des bureaux d’études spécialisées se sont associés au projet. C’était dans les années 1994 et 1995, le plan économique de l’époque était drastique pour le bâtiment, alors les bureaux d’études se sont associés au projet en espérant en faire du business. Ils avaient du temps avec les cahiers de commandes vides, alors ils se sont investis sur le plan théorique avec un pragmatisme très finalisé. Pour avoir le bénéfice en aval, il faut participer à la réflexion en amont. En raison de son bon fonctionnement l’A.T.E.C a été pérennisé. Mais sa situation était difficile parce qu’il n’était pas décisionnaire. Alors nous avons créé l’association H.Q.E.. Pour qu’elle soit efficace, il fallait encore que les maîtres d’ouvrage s’y associent. C’est le régime de l’association qui nous a permis de les inclure dans notre travail. Ce statut nous rendait juridiquement autonome. Nous avions pour objectif de conclure sur le travail de l’A.T.E.C. et de stabiliser la démarche H.Q.E. en définissant très précisément ses 14 cibles. En fait la H.Q.E., dans le paysage construit, est apparue d’un coup d’un seul sur une manipulation du P.U.C.A.. C’est devenu une méthode de référence. C’est parti des lycées où les élus récupèrent en fonctionnement ce qu’ils ont mit en investissement.

L.F. : Aujourd’hui cette démarche rencontre un certain succès, à votre avis, d’où lui vient cette rapide expansion en nombre de projets qui se réclament de la H.Q.E. ?

O.P. : Parce que nous posons un problème qui nous concerne tous mais en dehors des clivages habituels du monde de la construction. Tout d’abord dans les coopérations que nous avons pu mettre en place, les problèmes des statuts sont dépassés. Ensuite, il en est de même pour les problèmes de réglementations, souvent conflictuelles, entre les ministères de l’équipement, l’environnement ou l’industrie. Le conflit le plus difficile à dépasser est celui qui divise les architectes entre l’ordre des architectes et le syndicat d’architecture. Mais spontanément, ces deux structures se sont accordées sur la H.Q.E. ! Je pense que c’est dû non seulement parce que nous réfléchissons sur des préoccupations incontournables pour tous les acteurs du bâtiment mais aussi parce que nous avons fait cela sous la forme d’un espace de discussion entre tous les partenaires.

L.F. : Sur ce point quelque chose m’interpelle. Il semble que la force de la H.Q.E. était justement sa faculté d’adaptation, sa liberté et cet espace de discussion qu’elle a créé. Alors est-ce que le projet d’une normalisation de la démarche ne risque pas de la rendre moins attractive pour ses acteurs ?

O.P. : Maintenant il y a du business. Donc pour que la H.Q.E. ait l’air sérieuse et soit reconnue il faut un moyen de l’identifier. Il y a déjà des entreprises américaines qui le font. Il faut comprendre aussi qu’en raison des charges supplémentaires qu’implique un chantier H.Q.E. on ait envie de garantis. La certification permet de rassurer les investisseurs éventuels. Pour sa mise en place, l’association a constitué un groupe de travail et sur chaque cible il doit quantifier, et permettre de mesurer, le minimum d’effort environnemental exigible dans une démarche H.Q.E. . Au final le groupe tranche par consensus pour déboucher sur une écriture qui permette des contrôles sur le terrain. Ce groupe de discussion effectue un travail d’analyse et de critique de la méthode H.Q.E., ceci à partir de données anthropologiques et écologiques. Ainsi le bâtiment est déjà partiellement normé : par exemple l’homme respire 3m cubes par heure et il faut donc satisfaire ce besoin physiologique. Mais cette normalisation garantit le process, pas le bâtiment, ce serait trop compliqué.

L.F. : Le process ?

O.P. : Oui, au sens où la H.Q.E. est une méthode, une procédure de management environnementale, pas un style architecturale. Elle en est indépendante, elle porte sur d’autres critères.




illustration : chris Lucas



L.F. : Est-ce que dans cette conception, la H.Q.E. s’appuie sur des mouvements architecturaux antérieurs ?

O.P. : Oui et non, il n’y a pas d’influences architecturales revendiquées. Toutefois, il y a bien des images architecturales implicites. Il faut regarder du côté Finlandais et bien sûr de l’histoire du XXe siècle. Mais il y a de grosses différences. Par exemple l’architecture verte finlandaise cherche non seulement à diminuer au maximum l’impact d’un immeuble sur l’environnement mais pour sa construction et son fonctionnellement elle vise à emprunter le moins possible à la nature. Cela peut aller très loin, par exemple, il est techniquement possible de construire un immeuble sans chauffage selon les matériaux et l’organisation du bâtiment. En ce cas c’est la chaleur humaine et les appareils en fonctionnement qui maintiennent la température avec les ordinateurs par exemple dans un immeuble de bureau. Alors il n’y a pas de branchement sur le réseau urbain. Mais attention, c’est politiquement grave de montrer que l’on peut se passer de la collectivité ! Peut-on s’autoriser une telle construction ? La H.Q.E. ne va pas jusque là, elle défend une écologie bien moins radicale que le modèle finlandais par exemple.

L.F. : Lorsque vous évoquez le travail de discussion et d’autocritique de la H.Q.E. tout au long de son élaboration, j’y voit un parallèle avec la théorie de l’éthique de la discussion et particulièrement telle qu’elle est formulée chez Habermas, par exemple dans la Théorie de l’agir communicationnel où il démontre comment construire une action dont le principe est élaboré par la communication.

O.P. : Vous avez raison, c’est effectivement dans cet esprit que nous avons choisi ce mode de travail, mais aussi parce qu’il nous semblait le plus efficace, mais Gilles Olive et moi-même avons effectivement pensé à Habermas. Ce n’est pas une application à la lettre, loin s’en faut, mais il y a un lien à faire, oui.




illustration : chris lucas



Entretien avec Serge Sidoroff, Ingénieur Conseil.

Par Loïc Fel, Paris, le 15 mai 2003

Loïc Fel : Sur les projets H.Q.E., comment se déroule la prise de décision et les choix environnementaux ? Est-ce qu’une discussion rassemble les différentes parties intéressées ?

Serge Sidoroff : En ce qui concerne les chantiers publics je vous répondrai directement non. Pour un chantier H.Q.E. les objectifs sont clairement définis par les 14 cibles. La mise en place de la certification, même si elle reste ouverte et ne fige pas les prises de décision, permet de clarifier les critères H.Q.E. et limite donc les choix à débattre.

L.F. : Donc c’est le maître d’ouvrage qui définit seul ses niveaux d’exigences ?

S.D. : Encore une fois non, pas tout à fait. En réalité, dans le cadre des chantiers publics H.Q.E., il travaille en collaboration avec un conseiller de l’ADEME qui valide ses exigences comme H.Q.E.

L.F. : D’accord, mais à l’initiative du projet il y a eu le choix d’une architecture environnementale. Comment se fait ce choix ?

S.D. : C’est l’initiative d’un élu ou d’une collectivité locale. Souvent il y a une personne isolée qui vend le projet en interne et quand nous intervenons le choix est déjà fait. Généralement grâce à une ou deux personnes motivée qui ont su décider le groupe décisionnaire. Mais pour ce qui est des définitions des moyens et buts environnementaux, pour des raisons de connaissances et de compétences, les décisions reviennent au maître d’ouvrage.




illustration : chris Lucas



Entretien avec Nicolas Favet, architecte.

Par Loïc Fel, Paris, les 21 février, 6 et 28 mars 2003

Au cours d’entretiens informels, Nicolas Favet m’a présenté la maison manifeste qu’il a réalisée avec Kai Wartiainen pour le concours international d’architecture proposé en 1995 par le Comité 21 sous le nom « Eco-logis ».

Cette présentation s’articule autour de deux axes : d’une part, l’idée à partir de laquelle les architectes ont travaillé, puis le bâtiment réalisé proprement dit. Les architectes sont partis de l’idée selon laquelle l’habitat s’organise selon trois grands pôles d’activités qu’ils ont nommé : Eco-Soc-Tech, c’est-à-dire Ecologie, Société et Technique. L’idée de départ est de créer, avec l’habitat écologique, un équilibre entre ces trois domaines. Pour cela, ils se servirent des cibles définies par la H.Q.E. A partir de là, il fallait organiser les espaces selon ces trois catégories d’activité et définir une maison qui n’en néglige aucun. Pour le respect de l’environnement écologique, il fallait réfléchir non seulement aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables mais aussi aux choix des matériaux. Nicolas Favet ajoute que le choix des matériaux est plus complexe qu’il n’y paraît dès lors que l’on cherche à évaluer leur coût écologique global, en impliquant la production, l’utilisation mais aussi la durée. Il apparaît alors que le plastique n’est pas aussi mauvais qu’ils l’auraient pensé à priori. Avec la même vision globale, l’installation de telle ou telle essence d’arbre à proximité d’une construction n’est pas aussi aisée qu’il n’y parait. Certains arbres impliquent telle ou telle contrainte botanique ou utilisent le sol de façon différente (dépôt d’azote, acidification du terrain, etc…). Finalement, aucun choix n’est véritablement sans conséquence écologique et il s’agit systématiquement d’une intervention sur la parcelle qui la transforme tant et si bien que l’on favorise alors certaines espèces au détriment des autres. Le choix doit donc être abordé en connaissance de cause.

Pour ce qui concerne le niveau social, les architectes ont pris en compte non seulement la dimension économique du projet, que le concours exigeait, mais aussi la pluralité actuelle des formes de vie. Pour cela il fallait envisager une disposition telle qu’elle permettait de nombreuses possibilités d’aménagements intérieurs. Par ailleurs le choix de l’orientation de la maison est motivé, en plus des raisons écologiques pour la disposition des panneaux solaire et l’éclairage naturel, par des raisons sociales afin de permettre un certain confort lumineux et thermiques mais aussi en disposant une terrasse que peuvent protéger des auvents. Enfin l’aspect technique est complexifié par les exigences écologiques et est optimisé par une volonté d’économie et d’efficacité.

La satisfaction de ces exigences a abouti à une maison divisée en trois espaces parallèles. Un premier espace est dévolu aux installations écologiques, un second constitue une borne technique à laquelle sont raccordés les fluides, électriques comme les appareils électroménagers ou liquides comme les installations sanitaires ; enfin, le troisième et plus grand espace est celui dévolu à la vie quotidienne. Cet espace n’est pas séparé en pièces distinctes par des murs inamovibles, mais au contraire, peut être découpé de diverses manières par des structures mobiles afin de permettre une plus libre et plus riche utilisation du lieu. Il reste que ce travail soulève des questions quant à l’intention écologique elle-même. C’est pourquoi Nicolas Favet, remarquant lui-même que la réflexion sur les choix des matériaux et des procédés ne permettant pas de trouver une solution parfaitement inoffensive pour l’environnement, formule des réserves quant à la possibilité de prendre en compte toutes les exigences écologiques. Il remet alors en cause les motivations de l’architecture environnementale qui présuppose la protection de l’environnement et du même coup du cadre de vie humain à moins que ce n’en soit l’objectif ultime. 



l’association H.Q.E.


ADEME et la H.Q.E.


certification de la démarche H.Q.E.




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