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Planter des arbres pour lutter contre le changement climatique est une solution simple et pédagogique, médiatiquement et esthétiquement porteuse, comme le prouve le succès de l’initiatives des Nations Unies : « Plantons pour la planète : la campagne pour un milliard d’arbres ». Mais d’un autre côté, les critiquent fusent : les forêts détournent les « vrais » pollueurs de leurs responsabilités (réduire la consommation d’énergies fossiles), elles sont instables et peuvent dépérir à tout moment (feux, tempêtes, …), planter des arbres peut même dans certains cas avoir des impacts négatifs (sur l’eau, la biodiversité, …). Les forêts pour lutter contre le changement climatique seraient-elles une fausse bonne solution ?
illustration : agatha kawa
A l’échelle mondiale, les forêts en croissance qui luttent de manière active contre le changement climatique en piégeant le carbone sont les grandes forêts tempérées d’Amérique du Nord, d’Europe, de Russie… qui pour diverses raisons écologiques, économiques et sociales sont en pleine expansion. Le bénéfice engendré est très loin d’être négligeable : en France, 12 % des émissions de gaz à effets de serre (GES) sont ainsi absorbées par les forêts.
Si les forêts matures absorbent autant de CO2 qu’elles n’en rejettent, elles représentent néanmoins un gigantesque stock de carbone qui s’érode sous l’action de l’homme. La déforestation touche en effet les immenses forêts tropicales d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie entraînant une émission massive de CO2 dans l’atmosphère. Les conséquences sur le réchauffement sont très graves : ces émissions représentent plus de 20 % des émissions mondiales, soit légèrement plus que celles des Etats-Unis ou de la Chine !
L’homme, dans sa lutte contre le changement climatique, a trois leviers. Il peut tout d’abord freiner et stopper la déforestation. Il peut aussi maximiser le puits forestier en « plantant » des arbres mais aussi valoriser les produits bois au lieu de les laisser se décomposer en forêt. En utilisant ce matériau dans l’ameublement ou dans la construction, il prolonge en effet le piégeage du CO2 pendant des dizaines voir parfois des centaines d’années. Il peut aussi utiliser le bois comme source d’énergie renouvelable au lieu d’utiliser pétrole, gaz ou charbon. Enfin l’usage du bois dans la construction en substitution à des matériaux « énergivores » (béton, acier, …) permet d’éviter d’importantes émissions de CO2 liées à ces processus de fabrication. Une forêt luttant efficacement contre le changement climatique est donc une forêt « gérée » de manière durable, qui optimise la séquestration du carbone et la valorisation des produits bois.
Tous les derniers rapports de référence sur le sujet le soulignent : si l’homme veut limiter le réchauffement à 2° C, il doit utiliser cette « technologie » déjà disponible et « bon marché » le plus rapidement possible. La question n’est donc pas de savoir pourquoi mais de savoir comment.
Car toute la difficulté liée à une gouvernance des forêts mondiales pour atténuer le changement climatique réside dans les multiples interactions du secteur avec les grands enjeux écologiques (érosion de la biodiversité et des sols, ressources en eau, …), économiques (marché du bois, développement des « agro » carburants, alimentation des pays les moins développés, …) et sociaux (développement des communautés locales, …). Les décisions peuvent ainsi favoriser des synergies, comme des antagonismes.
En ce sens, la gestion des forêts dans le protocole de Kyoto est particulièrement insatisfaisante :
* Les pays ayant pris des engagements contraignants (pays développés dits de l’annexe 1) sont incités à préserver ou accroître leurs forêts. Les produits bois ne sont pas pris en compte ;
* La déforestation dans les pays en voie de développement est mise à l’écart du dispositif. Aucune incitation n’est pour l’instant mise en place ;
* Les pays/industries des pays de l’annexe 1 peuvent réaliser des plantations d’arbres dans les pays tropicaux pour obtenir des « crédits carbone via le Mécanisme de Développement Propre (MDP ) » ;
* Les projets de production de « bio » carburants dans les pays tropicaux sont incités via ce même MDP.
photographie : laure maud
L’appel de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à la COP de Montréal en 2005, combinée à la prochaine redéfinition d’un système « post-Kyoto » (qui s’achève en 2012), remettent le sujet sur le tapis vert des négociations internationales. Des solutions innovantes sont plus que jamais à définir et proposer. Elles devront promouvoir les synergies entre la valorisation des produits bois et le développement des énergies renouvelables, la lutte contre le changement climatique et le développement des pays les moins avancés (PMA), la gestion des ressources forestières et la protection de la biodiversité et des écosystèmes. La terre est trop petite et nous sommes trop nombreux pour mettre dos à dos « forêts sanctuaires », « forêts de production » et cultures énergétiques. Seul un système intégrant tous ces domaines permettra de lutter efficacement contre le réchauffement planétaire.
Enfin, il ne faut pas oublier que les forêts ne sont pas statiques et subissent de plein fouet les effets du changement climatique. Certains dépérissements sont déjà visibles et indiquent qu’une véritable stratégie d’adaptation doit être mise en place. Sans cela la forêt « puits » de carbone et alliée dans la lutte contre le changement climatique pourrait devenir « source » de CO2 amplifiant par là même ce phénomène.
article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°2 du mois de septembre 2007