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la faute à descartes - du monde animal



LA FAUTE À DESCARTES.
par Jacques-Olivier Barthes


La fin 2007 approche et ce web(maga)zine n°3 sera le dernier de l’année. Il est aussi l’occasion de tirer un premier bilan. Nous avions souhaité que cette année soit une année écologique et nous pouvons constater avec un certain bonheur que la prise de conscience a été au rendez-vous. L’opinion publique a pris conscience que l’accumulation de nos inconsciences quotidiennes rendait notre manière d’être-au-monde-et-à-autrui de plus en plus intenable et qu’il fallait répondre sans attendre à l’impératif écologique qui se dresse devant nous. En mêlant interrogations philosophiques et émotions esthétiques, nous espérons avoir contribué, avec nos moyens, à rendre ce changement d’air/ère désirable auprès de nos lectrices et lecteurs.


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photographie : laure maud


La réussite du Grenelle de l’environnement – même si sur de nombreux points nous sommes encore loin de ce qui est nécessaire – semble marquer une réorientation de notre société dans une dynamique nouvelle plus soucieuse de qualité de vie et de respect de notre maison commune, la Terre. En effet, comme le rappelle perpétuellement James Lovelock, nous vivons dans la planète et non sur la planète. Ce désencastrement de l’homme de son berceau naturel est au centre de notre modernité philosophique et nous évaluons aujourd’hui quel va être le prix de cette funeste erreur d’appréciation de notre relation au vivant. Ce changement est d’autant plus radical pour nous que notre mode de pensée dominant n’est pas écologico-compatible.

L’écologie, c’est la connaissance de la demeure (oïkon, la maison et logos, le raisonnement en grec). C’est la solidarité entre l’humain et le reste du vivant ainsi que les divers milieux dans lesquels et par lesquels ils sont en relation. Or, la France, c’est Descartes et Descartes, c’est avant tout l’ambition du Sujet de se rendre « maître et possesseur de la nature ». En fondant la réalité du sujet sur son seul esprit (Cogito ergo sum) et en réduisant la nature (Natura Naturata) à un simple objet physique de dimension infinie, stable, éternelle et inépuisable dont il faut comprendre les lois et mécanismes pour mieux la domestiquer et l’exploiter, la pensée cartésienne et ses filiations philosophiques ont posé deux postulats qui nous ont empêché pendant trop longtemps de penser de façon apaisée le lien naturel.

Alors que le vivant est fait d’équilibre, de réciprocité et de continuité, le rationalisme cartésien construit notre monde commun sous la forme d’une série d’oppositions présentées comme étrangères sinon opposées : âme vs corps, esprit vs matière, for intérieur vs monde extérieur, culture vs nature, humanité vs animalité. Le produit de cette construction est de fonder notre condition humaine comme radicalement anaturelle et donc exceptionnelle. De l’exceptionnalité à la supériorité, il n’y a qu’un pas que nous avons de suite allégrement franchie. Au mieux crainte, au pire méprisée, la nature aura donc souffert d’une mise en apartheid qui aura duré près de 350 ans. Le fait que l’homme soit doté d’un intellect capable de se penser ne doit pas fonder une rupture avec les autres formes de vivant mais au contraire développer un rapport tolérant à la diversité qu’elle soit biologique ou culturelle. Il n’est pas question pour autant de sanctuariser la nature car elle est perpétuellement en mouvement mais de renouer avec une conception oubliée (Natura Naturans), celle d’un patrimoine vivant commun travaillé de dynamiques de création et de reproduction avec lesquelles il faut de nouveau se lier.

« Nous faisons périr le corps de la nature en oubliant que c’est le nôtre » Ibrahim Al Koni, écrivain touareg. 



article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°3 du mois de novembre 2007




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