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l’exploitation du bois, le meuble durable - de l’habitat



L’EXPLOITATION DU BOIS, LE MEUBLE DURABLE.
par Stéphanie Vialfont


Acheter un meuble, c’est d’abord acheter du bois. Un achat qui répercute la gestion de son exploitation. Quel bois, pour quels meubles, cautionne-t-on par nos achats ?

Label

Le FSC (Forest Stewarship Council ou Conseil de bonne gestion des forêts) implique une démarche écologique et sociale dans la récolte du bois des forêts. C’est une labellisation de l’ONG du même nom, créée en 1993. Un label qui doit être exigé pour tous les meubles. Sylvain Angerand, chargé de Campagne et Forêts aux Amis de la Terre reste lucide : « Ce label indispensable ne résoudra pas tous les problèmes en forêt tropicale. Les consommateurs doivent se poser la question du prix de leur achat : pourquoi un meuble est-il quatre fois moins cher ? Une tendance affirmée depuis les années 90 qui a vu le marché français envahit par ce bois tropical. Les Français se passionnent alors pour les meubles de jardins en teck, élégants et sobres, légers et résistants qui ne sont pas sans rappeler les meubles coloniaux du XIXème siècle.




photographie : laure maud



Procédés

Aujourd’hui, est-il possible de trouver en France des bois d’une aussi bonne qualité, et ainsi éviter les importations massives d’Asie du Sud-Est ? « Des procédés existent pour fabriquer, avec du bois des forêts françaises, de très beaux meubles : La rétification consiste à faire chauffer le bois, le hêtre en l’occurrence, à la cocotte-minute. Ce procédé, Retiwood, est d’ailleurs breveté. Autre technique : l’oléothermie qui consiste à tremper un bois dans un bain d’huile de lin. Par exemple, cette huile empêche le châtaigner de griser et le rend plus résistant aux champignons. On n’utilise plus de produits chimiques composés de cuivre, de chrome et d’arsenic qui, s’ils sont interdits dans le traitement des bois pour les jardins d’enfants, sont encore partiellement employés. Ils sont évidemment dangereux pour l’environnement contrairement aux huiles qui sont recyclées. Il existe encore une autre technique appliquée sur un arbre, appelé le robinet, que l’on trouve dans le Perche. On l’appelle d’ailleurs le teck du Perche. C’est un procédé à Haute Température venu de nos voisins suédois et employé pour traiter les parquets et commercialisés chez Gédimat. En France, il est fabriqué par un groupement d’entreprises. »


Marché

Le marché local du bois en général et du meuble en particulier offre de belles perspectives professionnelles. Pourtant les collèges et lycées spécialisés, les entreprises manquent d’élèves et peinent à recruter pour les métiers de bûcherons, d’ébénistes. « Notre priorité de campagne est de faire de belles choses grâce au bois, de construire de beaux meubles et aussi de garder des métiers en France. C’est très difficile car la pression des marchés internationaux poussent à l’importation plutôt qu’à l’extraction et à la fabrication locale » affirme Sylvain Angerand. « Beaucoup d’enseignes se sont rendues compte que la réduction des transports leur permettait de réduire du même coup leur empreinte écologique. On se rend chez les enseignes de jardinages, nous lançons des initiatives, nous entamons des démarches. Mais nous estimons qu’elles doivent faire elles-mêmes le travail. En aucun cas nous ne voulons leur servir de caution environnementale. A elles de participer au bénéfice des emplois dans une forêt française. C’est considérable. » On n’hésite plus pour les meubles en chêne, les fenêtres ou escaliers en épicéa, le mobilier d’intérieur en érable, en frêne, en mélèze et encore en merisier.


Exploitations illégales

Ludovic Frère, chargé de la campagne Forêts à Greenpeace explique que l’association oeuvre depuis sept ans sur la traçabilité du meuble : « Il faut séparer les meubles de jardins du reste. Le plus gros problème, c’est le teck. 95% des bois destinés aux meubles de jardins proviennent d’Asie du Sud-Est. Le teck provient de plantations illégales, principalement de Birmanie et le kerwing, lui, qui provient, du Vietnam. Les exploitations sont illégales, génèrent et entretiennent un système de corruption bien rôdée. Suivent alors des problèmes sociaux et écologiques. » Il n’est pas rare de retrouver l’armée dans le rôle de gardien de chantiers de découpes de bois illégal. Selon le dernier rapport de l’ONG anglaise Global Witness présenté le 18 octobre dernier à Bangkok, c’est le cas de la junte militaire birmane, au pouvoir depuis 1962. Elle cautionne l’importation illégale vers Chine du teck, dont 80% des réserves mondiales se trouvent en Birmanie.


Lutte

Sylvain Angerand, des Amis de la Terre, rappelle que « les forêts françaises sont cultivées depuis des siècles. Le cas des forêts tropicales est spécifiques : ce sont des forêts primaires. Des populations y vivent et en vivent. C’est une logique complètement différente. » Un environnement si facilement exterminé est difficile imaginable. Pourtant les ONG Greenpeace, Les Amis de la Terre et le WWF qui sont impliquées dans le label FSC tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Ludovic Frère de Greenpeace, estime que « c’est un procédé long et fastidieux pour faire accepter le label. » Environ 14 millions d’hectares de forêts tropicales disparaissent chaque année, soit l’ensemble de la forêt française.


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photographie : laure maud



Disparition de la biodiversité

Pour les meubles d’intérieur, on trouve assez peu de bois tropicaux. Différents types de matériaux se distinguent : meubles en agglomérés, placage ou contre-placage. Ces bois viennent d’Afrique. Mi-octobre, une trentaine d’activistes de Greenpeace ont abordé dans le port italien de Livorno un bateau qui transportait à son bord du bois tropical des forêts du bassin du Congo. Outre les nombreuses espèces menacées et les conséquences sur le déplacement des tribus, les compagnies à l’origine de ces extractions illégales, au-delà des limites des concessions allouées, sont alimentées par des capitaux étrangers, ici italiens. Il est donc indispensable d’exiger le label FSC qui assure une bonne régénération de la forêt et préserve les peuples autochtones. N’oublions pas que ces forêts tropicales regroupent 80% de la biodiversité sur la planète. Quant aux fenêtres fabriquées avec le ramin, un autre bois tropical, originaire de Malaisie, la délivrance d’un permis délivré par les autorités nationales qui certifie l’exploitation de ces forêts en toute légalité est désormais exigé. A éviter aussi les parquets en merbeau, qui proviennent de Madagascar et de Papouasie. Le label FSC est et reste le meilleur garant.


Auto-certification

Ludovic Frère de Greenpeace annonce : « Les ONG arrivent à faire passer le message mais il faut travailler sans relâche. Les entreprises sont capables de tout pour vendre leur marchandise. On va donc trouver pléthore de labels : « forêt gérées durablement », « plantations durables », etc… Sans faire de mauvais jeu de mots, le meuble en teck dispose d’une jungle de labels. De plus, l’offre du bois FSC est très réduite. C’est un bois qui arrive par vague. C’est pourquoi il se vend même aux enchères en Asie du Sud-Est ! Nous luttons contre ces certifications de complaisance mais les entreprises n’hésitent pas à déjouer notre attention. » En avril 2004, Serge Lepeltier alors Ministre de l’Écologie et du Développement durable, a annoncé que 50% des marchés seront écocertifiés en 2007 et 100% en 2010. 




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