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green weddings : pour le meilleur et sans le pire - de la consommation



GREEN WEDDINGS : POUR LE MEILLEUR ET SANS LE PIRE
par Emma Namba


La symbolique millénaire du blanc, celle de la pureté et de la ferveur, qui protège la réputation de l’épouse et place le mariage sous des auspices favorables est pourtant en passe d’être détrônée par celle du vert, symbole de l’espérance et de la régénération spirituelle. De même que le papier recyclé est préférable au papier blanc, dont la fausse virginité masque sa vraie nature de pollueur de rivières, une cérémonie de mariage écologique séduit de plus en plus de futurs mariés.

Un mariage jusqu’à présent c’était plutôt blanc. Blanche la robe, blanc le diamant, blanc le bouquet de fleurs d’oranger, blanc le riz lancé sur les mariés en haut des marches.
Avec ses pipoles écolos qui montrent l’exemple, du Prince Charles et son gâteau bio et ses fleurs coupées à Elizabeth Hurley et son mariage 100 % bio en passant par Stella Mc Cartney dont la robe de mariée était en coton équitable et Alicia Silverstone et son rocker de mari pieds nus sur la plage : la mariée s’avance désormais en vert.
L’idée d’un mariage écologique est encore avant-gardiste en France. Pourtant partout ailleurs et particulièrement dans les pays anglo-saxons et protestants, elle gagne du terrain, annonçant par son ampleur un phénomène de société qui relaie dans la sphère privée une prise de conscience écologique globale. Comme souvent cette tendance est née en Californie, pays frontière où l’on embrasse les changements mieux que partout ailleurs. Il faut dire qu’aux États-Unis, le mariage est plus qu’une institution, c’est une industrie de 70 milliards de dollars par an où l’on dépense en moyenne 20 000 dollars par mariage.


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photographie : laure maud



L’empreinte écologique d’un mariage classique moyen est à la hauteur de l’investissement : piles de magazines sur papier glacé qui serviront à rêver au mariage idéal (et à créer des frustrations…) ou à trouver la robe parfaite, cartons d’invitations et encre toxique (souvent métallique et dorée) qui a servi à les imprimer, robe faite de coton gourmand en pesticide, or de l’anneau dont l’industrie minière rejette du cyanure et du mercure dans le sol, quantités de nourriture qui seront produites à un coût écologique élevé pour être ensuite jetées pour la plupart (particulièrement s’il s’agit d’un buffet), litres d’énergies fossiles qui serviront à acheminer les invités.
« Dans la mesure où l’on va dépenser pour cet événement plus que pour tout autre de notre vie, sauf peut-être pour une voiture ou une maison, c’est une bonne opportunité pour soutenir une agriculture locale sans pesticides et des produits recyclables et recyclés » explique Michelle Kozin, fondatrice de Organicweddings.com.

Chaque détail compte et il n’est pas toujours facile de tout organiser soi même, pourtant, de plus en plus de sites Internet et de blogs offrent conseils et témoignages de mariages verts. Entre la grande fête traditionnelle et le pique-nique écolo il y a la place pour toute une palette de cérémonies, de la plus épurée à la plus raffinée.


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photographie : laure maud



Généralement, toutes se retrouvent sur un ou plusieurs des critères suivants : imprimer les invitations sur papier recyclé et utiliser des encres végétales ou préférer une invitation électronique ; utiliser un traiteur bio ou des ressources locales d’agriculteurs pratiquant une agriculture biologique ; éviter verres en plastiques, assiettes et serviettes en papier ; préférer l’argent à l’or et les diamants Fair Trade aux diamants classiques, ou choisir une bague ancienne ; choisir une robe en coton biologique, lin, soie ou chanvre ; choisir des fleurs des champs coupées ou ayant poussées localement et sans pesticides ; proposer une liste de mariage avec des donations ou parrainages ; donner les fleurs qui restent ou bien les composter ; choisir un lieu de lune de miel dans des destinations proches peu gourmandes en énergies fossiles ou dans des lieux d’écotourisme. Les purs et durs choisiront peut-être de donner un discours éducatif et inspiré sur les valeurs qu’ils souhaitent partager. « Après tout vous avez une audience captive que vous pouvez influencer par vos choix », suggère Michelle Kozin. Car au-delà de l’aspect économique et écologique, c’est bien de valeurs dont il s’agit. Dans ce sommet de glorification individuelle qu’est un mariage où tout est focalisé vers l’autocélébration (regardez-nous, nous sommes beaux et nous nous aimons !), le nouveau message qu’on voit apparaître en filigrane du mariage vert est le don de soi et le don aux autres dans le respect de l’environnement.

Parlera-t-on bientôt de mariage responsable comme on parle de commerce équitable ? Il serait intéressant d’étudier les motivations des futurs époux qui choisissent cette formule. Sont-ils là pour l’originalité, parce que c’est tendance, pour des motifs économiques, ou par convictions politiques ? On ne le sait pas mais ce qui est certain c’est que les adeptes du mariage vert ne sont pas tous des écologistes : après tout dans mariage vert, il y a mariage. On imagine plus facilement des militants ou activistes de la mouvance écologiste se pacser ou vivre en concubinage que de se soumettre à une institution souvent perçue comme passéiste, héritière d’un vieil ordre moral déchu. Il y a d’ailleurs derrière le message de cette nouvelle éthique du Green Weddings, une nouvelle esthétique : un souci du détail et de l’économie de la forme à la Mies Van den Rohe (« Less is More ») plus proche du monde du design que de celui de l’écologie. Car dans un mariage vert, la contrainte pousse aussi à la créativité.

Il y a chez les clients de Nelle Johnston, coordinatrice de mariages verts, à San Francisco, un réel désir de faire du Beau autant que du Bien. « Mes clients sont de jeunes professionnels, souvent issus du monde de la technologie, du graphisme, de l’art ou de la culture qui ont un bon niveau de vie mais qui refusent de dépenser l’équivalent de plusieurs mois de salaire pour leur mariage. Ils sont conscients de l’impact écologique de leurs actes et veulent une cérémonie simple mais poétique et personnelle. » Nelle est une pétillante brunette en âge de convoler mais qui préfère organiser le mariage des autres, en accord avec ses principes éthiques et écologiques. « On me demande souvent si tout est vert dans un mariage écologique » dit-elle en riant. Je réponds que oui mais pas comme le jour de la Saint Patrick.


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photographie : laure maud


On peut facilement taxer de nouvelle mode ces mariages verts, certains sceptiques y verront peut-être même la main d’un marketing opportuniste et novateur. Pourtant, derrière ce sentimentalisme végétal d’un âge préindustriel, c’est une nouvelle mystique qui pointe le bout de son bourgeon : un nouveau contrat aux accents Rousseauistes.

Bien sûr on peut choisir la couleur qu’on veut mais souvent, le gâteau ou la robe se trouvent être verts, un joli vert amande ou tilleul par exemple. On a une clientèle engagée et sensible au raffinement et à la créativité. ».
Pour illustrer son propos Nelle montre sur son site ZahZoomWeddings.com le mariage d’une de ses clientes, Jill Fehrenbacher fondatrice d’un weblog sur l’habitat écologique et le design éco-responsable, www.inhabitat.com : invitations au design créatif et personnel, centre de table en bambous, étiquettes de placement en circuits électroniques recyclés qui se transforment en étiquettes à bagage, robe vintage vert amande et menu végétarien : chaque détail a été pensé avec soin et intention. Dans un geste symbolique, les époux ont conjointement changé devant leurs invités leur profil dans MySpace de « célibataire » à « marié ». On imagine en voyant les photos du reportage à quel point cette célébration a été en accord avec les valeurs profondes de Jill et de son mari.

Le mariage dans sa dimension de communion avec un être, dépouillé de ses oripeaux de fête commerciale, plus proche de son sens religieux, qu’il ne l’a été depuis longtemps. « J’affirme que je t’aime et que j’aime aussi la Planète en même temps » (ou dit en négatif : « Ce n’est pas parce que je t’aime que je dois ignorer la pollution qu’engendre cette autocélébration de notre amour »). Moi, nous, eux, c’est la même chose. Nous sommes un Grand Tout aimant. Dans ce monde désenchanté depuis la disparition de Dieu et de Marx, qui voit le dernier mythe de la Croissance absolue vaciller sur son socle, le mariage vert pourrait être lu comme une tentative de ré-enchantement du monde. 



article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°4 du mois de janvier 2008




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