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Être ou devenir végétarien, serait-ce une nouvelle mode ? Si les bobos se sont emparés de la vague verte qui déferle en Europe et notamment en France, remplissant leurs paniers de produits bio ou équitables, tout en s’achetant ainsi une bonne conscience écolo ; adopter un mode de vie végétarien n’a rien d’un phénomène de mode. Ce changement d’habitudes alimentaires relève plutôt de la volonté de bénéficier d’une meilleure santé et d’une urgence et nécessité face à de graves problèmes environnementaux.
photographie : laure maud
Un constat : le Brésil caracole en tête des plus gros éleveurs de bétail du monde avec 164 millions de têtes de bétail pour 20 millions d’habitants, soit plus de 8 vaches par personne ! Non pas que les brésiliens soient d’immenses amateurs de viande mais une très grande partie de cette production animale est destinée aux assiettes occidentales, nord-américaines ou européennes. Le pays est en effet devenu en quelques années le 1er exportateur mondial de viande bovine et a profité de la crise de la vache folle pour inonder le marché européen, d’autant plus qu’il fournissait également des tourteaux de soja pour le bétail, une aubaine pour l’union européenne qui venait de faire une croix sur les farines animales, auparavant au menu de ce même bétail. Le phénomène n’est pas nouveau, mais jamais il n’avait atteint une telle ampleur. Dans les années 80, l’économiste Norma Myers décrivit ce qu’il nomma la « Hamburger connexion », mais qui en avait alors entendu parler en France alors que ce bifteck haché présenté entre deux petits pains ronds commençait à envahir notre quotidien ? Comme l’a noté récemment David Kaimovitz, directeur du CIFOR « les éleveurs sont en train de transformer l’Amazonie en viande hachée ». L’effet hamburger s’est en effet depuis amplifié et le processus de conversion des terres boisées en pâturages s’est tout simplement déplacé de plus en plus vers le Brésil. L’explosion du marché brésilien a été fulgurante ces dernières années, atteignant en 2005 la rondelette somme de 1 500 millions de dollars, soit trois fois plus qu’il y a dix ans. La crise de la vache folle et la grippe aviaire ont largement favorisé le bœuf brésilien, nourri à partir de soja et enfin, l’amélioration des infrastructures et l’arrivée d’investisseurs étrangers ont ajouté la touche finale au boom bovin au Brésil.
Si la plupart des têtes de bétail sont propriété des fazendas, ces ranchs grands comme des départements français, les petits exploitants jouent également un rôle décisif dans cette expansion sans fin. Un troupeau de quelques vaches, c’est comme un compte en banque sur pattes et lorsque le propriétaire a besoin d’argent, il vend l’une de ses bêtes. Mais pour les nourrir, il a besoin de zones de pâtures et alors, il déboise un petit lopin de terre, pas très grand, ce qui ne devrait pas avoir en soi de grandes conséquences sur l’environnement, si ce n’est que le processus est répété des centaines, des milliers de fois à travers le pays. Le sol, épiderme de la terre, composé de matière organique et de débris de roche formant la terre, est une surface très fragile et une ressource difficilement renouvelable (il faut, selon les localisations, entre 50 et près de 2 000 ans pour qu’un centimètre de terre, fertile, se constitue). Une fois la surface de forêt déboisée, l’eau de pluie va lessiver le sol de sa matière organique et de ses sels minéraux. Le reste va être puisé par les graminées pour leur croissance. Et, lorsque les terres sont ainsi épuisées et n’offrent plus suffisamment d’herbe pour remplir les multiples estomacs des ruminants, le paysan va plus loin et s’attaque à une autre partie de forêt. Il déboise et vend au passage, souvent pour une bouchée de pain, les quelques arbres intéressants à un « grileiro », un exploitant forestier clandestin. C’est ainsi que l’exploitation dite de type familiale compterait pour 20 % de l’ensemble du déboisement liés à l’élevage.
photographie : laure maud
Les surfaces dédiées à la petite graine qui monte ont doublé depuis 2000 et le Brésil est devenu le deuxième exportateur mondial de soja, et affiche l’ambition de détrôner les USA, une culture qui s’étend maintenant sur plus de 21 millions d’hectares. Le moteur de cette expansion, c’est le boom de l’élevage au Brésil : 164 millions de têtes de bétail à nourrir, ce n’est pas rien ! Ajoutez à cela la demande des pays européens et des Etats Unis (En 2003, les exportations de soja ont représenté 6 % du PBI du Brésil), et vous obtenez tous les ingrédients d’un désastre environnemental en marche. Car si vous consommez de la viande bovine française, vous avez de grande chance d’avaler également avec votre steak un morceau de forêt amazonienne via le soja produit au Brésil et exporté en France pour alimenter nos bovins. Au Brésil, l’homme par qui le soja arrive, c’est Blairo Maggi, surnommé « le roi du soja », PDG du groupe Amaggi et depuis 2002, gouverneur de la province du Mato Grosso, une fonction lui permettant de peser à souhait sur la législation pour favoriser l’oléagineux et ses propres intérêts. D’ailleurs, l’état du Mato Grosso est à lui seul responsable de 48 % de la déforestation enregistrée entre 2003 et 2004 et produit 26 % du soja brésilien…
De plus, comme pour le déboisement, l’attribution de terres pour la culture du soja ou pour l’élevage baigne dans la corruption et souvent aussi dans une grande violence. Les assassinats se succèdent. Il n’existe pas, de plus, de cadastre fiable au Brésil et ce grand flou juridique constitue une manne providentielle pour tous les exploitants, notamment les « grileiros » qui s’approprient des terres et obtiennent ensuite de faux titres de propriété. Il est ainsi aisé à qui possède quelques relations bien placées, de prétendre être propriétaire de ces immenses territoires « vierges » de l’Amazonie ! Le Brésil veut devenir à tout prix le grenier du monde quitte à abdiquer son rôle naturel, infiniment plus essentiel, qui est d’être le climatiseur du monde !
En attendant, le poumon amazonien s’essouffle et le reste de la planète aussi. Alors, un petit effort : même si vous ne pouvez vous résoudre à devenir totalement végétarien, réduisez votre consommation de viande ! Ainsi, vous respirerez mieux et vous rendrez votre avenir possible.
article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°2 du mois de septembre 2007