1. {numéro 9} – grey owl – un fantasme boréal

    03/10/2011

    Texte : Emmanuelle Grundmann
    Photographies : Éditions Fabert
    Extraits

    Affabulateur ou imposteur ? Le scandale qui éclata à la mort de Grey Owl fit oublier le plus important. Grâce à cet Anglais excentrique qui s’était tant rêvé indien qu’il était devenu l’un deux, le Grand Nord et sa faune avaient trouvé leur apôtre. Et avec trente années d’avance, ce héros imparfait pointait les errances et les erreurs de notre mode de vie, de notre civilisation, annonçant la naissance du mouvement écologiste. Grey Owl écrivait : « Des arbres majestueux, semblables à des cathédrales, leurs cimes comme des clochers et les allées ombreuses en dessous… Une armée innombrable qui s’avance à l’infini, qui couvre la Terre, la dernière grande armée, opposant son mur noir et impénétrable à l’avance de la civilisation. Elle aussi tombera devant le progrès, elle aussi sera brûlée sur l’autel du dieu Mammon. » [...]

    [...] Grey Owl écrit : « Avant peu, leurs minuscules pupilles se furent attachés à nous, et je l’avoue sans peine, nous à eux. Chaque petit castor choisit entre nous son ami préféré et lui demeura fidèle par la suite. Ils nous témoignaient leur tendresse d’une quantité de façons curieuses : renversant leur caisse – dès qu’ils furent assez fort pour le faire – et se précipitant sur nous quand nous passions ou grimpant la nuit, entre nos couvertures pour se blottir près de nous. […] Ils s’étaient construit une drôle de petite maison de castors, assez près de la nôtre, à un endroit où l’eau était libre et le sol débarrassé de neige. À l’aurore, ils venaient gratter et appeler à notre porte. Sitôt introduits, ils grimpaient dans nos lits et s’y endormaient. Ils se réveillaient vers midi et sans attendre le déjeuner se précipitaient dehors pour reprendre leurs grands travaux. » [...]

    Voici ci-dessous deux photographies inédites en plus de celles publiées dans l’article.

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  2. {numéro 9} – portraits d’arbres sacrés – le figuier

    03/10/2011

    Texte : Stéphane Brousse
    Illustration : Ermeline Tomasz
    Extraits

    Lorsque l’être humain apparaît sur Terre, l’élément végétal y est présent depuis la nuit des temps. Entre hommes et plantes se nouent d’emblée des relations étroites, pour ne pas dire intimes. Certains arbres vont être distingués d’abord pour des raisons pratiques.
    Celui-ci produit des fruits comestibles. Celui-là procure un bois solide. Cet autre encore prodigue une f lamme réconfortante. Telles essences ensuite, pour des raisons plus mystérieuses, sont affiliées aux mythes fondateurs, puis aux religions archaïques.
    Lorsque s’étiolent les antiques croyances, le végétal reprend peu à peu son unique dimension fonctionnelle. Néanmoins quelques arbres vénérables, de nos jours encore, sont nimbés d’une aura féérique qui confine au sacré.


    Illustration : Ermeline Tomasz

    [...] Le fruit du figuier commun est depuis la nuit des temps un symbole de fécondité. Une tablette babylonienne évoque au centre du monde l’existence d’un figuier sacré nommé Kishkanu, sous lequel la déesse de l’abondance et le dieu de la fertilité viennent se reposer.
    Dans l’Égypte ancienne, le figuier sycomore est l’arbre de Nout, déesse du ciel, source de lumière et de renaissance. Le dieu Hathor y trouve refuge et décide d’y créer le monde. La figue est nourriture des morts et fruit d’immortalité. Un sarcophage en bois de sycomore assure au défunt une félicité éternelle. [...]

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  3. {numéro 9} – laure maud – paysages de guerre – vercors {1}

    03/10/2011

    Photographies : Laure Maud
    Texte : Julie Cuvillier-Courtot
    Extraits

    Le Soleil vient d’étendre ses rais jusque à l’intérieur des gorges. On dirait même qu’une légère brise se lève, les crinières des quelques Barraquands s’affolent mais les bêtes restent tranquilles. Elles fixent l’horizon découpé de falaises abruptes faisant du Vercors une forteresse naturelle dans laquelle on aime se perdre.
    Un peu plus haut, réfugié dans une faille, le grand duc rêve du Grand Veymont qui domine la vaste réserve des Hauts-Plateaux aux milieux multiples. Ainsi les forêts se sont-elles adaptées à la configuration du massif et ses influences climatiques. [...]

    [...] Ici des chênes pubescents, des charmes et des pins sylvestres. À l’étage supérieur, un peu plus haut, une hêtraie sapinière et parfois, à l’automne, un érable en feu qui s’embrase au beau milieu du vert déclinant. Un milieu boisé qui, il y a soixante ans, a accueilli une douzaine de campements épars où se préparaient des combattants de l’ombre.
    D’aucuns diront qu’ils auraient pu être rassemblés dans un seul et même bois… mais le temps des regrets n’est plus. [...]

    Photographies : Laure Maud

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  4. {numéro 9} – l’arbre au coeur des mythes

    03/10/2011

    Texte & illustrations : Emmanuel Arbabe
    Extraits

    L’arbre a été, de manière récurrente, par-delà les époques et les lieux, considéré comme un symbole du cycle de la Vie. À ce titre, il est omniprésent dans les relations que les hommes ont pu avoir avec les dieux et apparaît, sous diverses formes, dans les mythologies et les religions indo-européennes balayées de nos mémoires par la christianisation. Les textes et représentations ayant traversé le tumulte des siècles nous en rapportent un lointain écho. [...]

    [...] Pour les anciens Scandinaves, Yggdrasill, l’arbre cosmique, était l’axe du monde autour duquel s’organisaient l’Univers et les neuf mondes qui le composaient. Ses puissantes racines trifides, au pied desquelles les dieux tenaient leurs assemblées (le Thing), plongeaient l’une vers Midgar, le monde des hommes, la seconde vers Asgard où régnaient les dieux, la troisième vers Nifleim le monde des géants. Les six autres mondes du feu, de la glace, de l’air, de la mort, des malades, des elfes, complétaient cette liste. De nombreux mythes étaient liés à l’arbre, que les conteurs et poètes scandinaves, les scaldes, déclamaient lors de réunions que l’on imagine festives et arrosées. Ainsi la manière, pour le moins surprenante à nos yeux de modernes, par laquelle Oddin avait gagné la maîtrise des runes : pendu neuf jours et neuf nuits aux branches d’Yggdrasill, à dégoutter de son sang par des plaies ouvertes. Centre de l’Univers, le destin du monde lui est lié. Les terrifiantes Nornes, pendant scandinave des Parques helléniques, officiaient à son pied, faisant et défaisant les destinées humaines, sans se soucier de la grandeur de leurs victimes. Le destin des mondes serait, quant à lui, scellé par la bataille eschatologique, qui verrait leur anéantissement et la naissance d’une humanité nouvelle. Ce drame, connu sous le nom de Ragnarök en passerait par la destruction de l’arbre cosmique ; motif dont s’empara des siècles plus tard Richard Wagner pour y puiser la matière de son Crépuscule des dieux (Götterdämmerung). [...]

    Ci-dessous les esquisses préparatoires des illustrations qui accompagnent le texte d’Emmanuel Arbabe :

    Illustrations : Emmanuel Arbabe

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  5. {numéro 9} – ombres & lumières des forêts roumaines – un patrimoine menacé

    03/10/2011

    Texte : Isabelle Masson-Loodts
    Photographies : François Demoulin
    Extraits

    La Roumanie est un pays de paradoxes : tandis que le destin des Roumains est depuis toujours intimement lié aux forêts, nombre d’entre eux sont aujourd’hui tentés par l’exploitation illégale de celles-ci. Pourtant, si elle parvient à préserver ses forêts, la Roumanie pourrait devenir le laboratoire d’un équilibre qui concerne l’ensemble des pays forestiers d’Europe. Au cours du printemps 2010, j’ai eu l’occasion de me rendre en Roumanie dans le but de découvrir la forêt de Néra, un écosystème exceptionnel qui fait l’objet d’une collaboration entre scientifiques roumains et belges (plus précisément wallons). [...]

    [...] Sur la route, les carrioles se font dépasser par des bolides dernier cri. Et tels des fantômes du passé, de nombreuses usines construites durant la période communiste hantent le paysage. En fermant leurs portes après 1989, et la chute du régime de Ceaucescu, elles ont laissé des milliers de gens sans emploi. Pourtant, dès que l’on s’éloigne un peu de ces chancres, l’émerveillement est le sentiment qui domine : le pays, grand comme la moitié de la France, rassemble de très vastes espaces de campagne, de forêts, de montagnes, où la présence humaine se fait discrète. À l’approche des reliefs des Carpates, la brume qui s’accroche à leurs sommets leur donne des allures féeriques et réveille dans mon esprit la légende de Dracula. Le monstre n’effraie visiblement pas les oiseaux : de nombreuses cigognes, notamment, sont installées jusqu’au coeur des villages. Dans les vallées, les meules traditionnelles forment d’étranges sculptures au Soleil couchant. [...]

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