Texte : Emmanuelle Grundmann
Photographies : Éditions Fabert
Extraits
Affabulateur ou imposteur ? Le scandale qui éclata à la mort de Grey Owl fit oublier le plus important. Grâce à cet Anglais excentrique qui s’était tant rêvé indien qu’il était devenu l’un deux, le Grand Nord et sa faune avaient trouvé leur apôtre. Et avec trente années d’avance, ce héros imparfait pointait les errances et les erreurs de notre mode de vie, de notre civilisation, annonçant la naissance du mouvement écologiste. Grey Owl écrivait : « Des arbres majestueux, semblables à des cathédrales, leurs cimes comme des clochers et les allées ombreuses en dessous… Une armée innombrable qui s’avance à l’infini, qui couvre la Terre, la dernière grande armée, opposant son mur noir et impénétrable à l’avance de la civilisation. Elle aussi tombera devant le progrès, elle aussi sera brûlée sur l’autel du dieu Mammon. » [...]

[...] Grey Owl écrit : « Avant peu, leurs minuscules pupilles se furent attachés à nous, et je l’avoue sans peine, nous à eux. Chaque petit castor choisit entre nous son ami préféré et lui demeura fidèle par la suite. Ils nous témoignaient leur tendresse d’une quantité de façons curieuses : renversant leur caisse – dès qu’ils furent assez fort pour le faire – et se précipitant sur nous quand nous passions ou grimpant la nuit, entre nos couvertures pour se blottir près de nous. […] Ils s’étaient construit une drôle de petite maison de castors, assez près de la nôtre, à un endroit où l’eau était libre et le sol débarrassé de neige. À l’aurore, ils venaient gratter et appeler à notre porte. Sitôt introduits, ils grimpaient dans nos lits et s’y endormaient. Ils se réveillaient vers midi et sans attendre le déjeuner se précipitaient dehors pour reprendre leurs grands travaux. » [...]

Voici ci-dessous deux photographies inédites en plus de celles publiées dans l’article.
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