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  1. Des quartiers flottants aux Pays-Bas

    17/12/2012

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    Texte : Annelise Fabbro & Coline Eychène
    Illustration : Fabien Roussel
    Des quartiers flottants aux Pays-Bas
    Ces maisons qui rêvaient d’être bateaux

    À la pointe de la technologie, les architectes disposent aujourd’hui de techniques innovantes pour proposer des solutions au changement climatique. Un singulier phénomène architectural a vu le jour aux Pays-Bas, remodelant le paysage côtier. Après des siècles de lutte pour gagner en surface terrestre, les Néerlandais vont plus loin dans leur stratégie. En optant pour des maisons flottantes aux côtés des historiques polders(1), le pays choisit de considérer l’eau comme surface constructible. L’idée n’est pas nouvelle, mais le concept est innovant, car face à la menace de la montée du niveau de la mer, le pays aux pieds dans l’eau fait face à une situation d’urgence.

    Amsterdam s’illustre une nouvelle fois comme figure de proue de l’innovation écologique et architecturale en aménageant lacs et rivages tout en préservant son âme de ville européenne. Avec 20% de terres sous le niveau zéro et la pression démographique la plus importante d’Europe, les Pays-Bas sont particulièrement menacés par le changement climatique et la montée des eaux annoncée. Le GIEC(2) estime que les Pays-Bas vont perdre près de 500 000 hectares de terre à l’horizon 2020. Depuis la fin des années 2000, près de 200 nouveaux logements ont vu le jour sur le lac Ijmeer, formant le quartier de Ijburg, à une dizaine de kilomètres du cœur d’Amsterdam. Les maisons flottantes sont construites morceau par morceau puis assemblées en usine avant d’être acheminées par voix fluviale jusqu’à leur quartier de destination. Un processus de construction express de quatre mois suivi d’un transport délicat qui doit tenir compte de l’étroitesse des canaux historiques de la ville. La technique principale repose sur l’installation de flotteurs doublés d’un coffrage en béton, éventuellement associés à des piliers de béton plantés dans l’eau à plusieurs mètres de profondeur. La technique varie selon que l’on construit sur un lac ou sur la mer, où les eaux sont plus tumultueuses. Tout est pensé pour que la résistance aux tempêtes qui frappent régulièrement la région soit optimale.

    Au-delà d’une adaptation aux conséquences du changement climatique, la maison flottante semble incarner le nouvel habitat écologique. Elle est en effet construite à partir de matériaux non polluants et associée à des pratiques plus en harmonie avec l’environnement : ossature en bois, murs végétaux, récupération des eaux de pluie et des eaux usées pour le chauffage et les WC, mini-station d’épuration intégrée ou encore panneaux solaires, bien que ces derniers ne soient pas toujours suffisants pour parler de maison autonome. La mise en place de véritables quartiers flottants remet par ailleurs en cause la place de la voiture en milieu urbain. Les habitants se déplacent via des passerelles qui relient les maisons au continent ou parfois par l’intermédiaire de polders, voire en bateau. Le quartier d’Ijburg a été conçu dans le respect de l’identité de la ville d’Amsterdam : les maisons étroites mitoyennes et la densité importante du logement rappellent les ruelles historiques du centre ville. Ces maisons constituent un logement confortable dans un cadre de vie agréable : une nouvelle façon de concevoir l’habitat en milieu urbain. Le concept de la maison flottante implique cependant une certaine autonomie énergétique et pose la question de la gestion des déchets et des eaux usées. Une innovation qui n’est pas encore à l’ordre du jour, puisque pour l’instant les maisons restent dans l’ensemble raccordées aux réseaux d’eau et d’électricité terrestres.

    Contrairement à ce qu’on pourrait penser, de telles innovations technologiques ne semblent pas augmenter le coût de construction, bien au contraire. Le prix du mètre carré d’eau pour bâtir est en effet bien inférieur à celui du mètre carré de terre, ce qui permet aux classes moyennes d’accéder à des logements plus grands à des prix plus accessibles. Un joli pied de nez à la crise de l’immobilier. Le coût de la construction est plus faible – s’élevant tout de même au minimum à 250 000 € par maison – et la construction en soi moins lourde grâce à l’absence de fondations. Reste à évaluer le coût d’entretien de ces bâtiments amphibies dont la base est en permanence immergée. Si la construction est plus économique, il conviendrait d’en analyser le cycle de vie complet.

    Le concept de quartier flottant rappelle les projets d’écoquartiers(3) qui fleurissent depuis le début des années 2000 en Europe. Dans ce cadre, on pourrait légitimement s’interroger sur la vocation multifonctionnelle des quartiers flottants néerlandais aujourd’hui conçus comme de simples quartiers résidentiels. Quelle est par exemple la place de la mixité sociale dans ce type de projet ? Cela nous amène également à reposer la question de la cohérence de l’habitat individuel face à l’habitat collectif. Cette éventualité n’est d’ailleurs pas exclue au regard du projet Citadelle, projet d’immeuble flottant de soixante appartements sur deux hectares d’eau. Toutefois, notons que ce projet s’adresse aux plus aisés et n’a pour l’instant pas trouvé preneur.

    Les perspectives sont nombreuses pour les architectes. On parle d’une véritable révolution de l’habitat en se prenant à rêver à de véritables villes amphibies : à quand l’agriculture et les immeubles sur l’eau ? Les quartiers flottants ne sont pourtant pas sans risques pour l’environnement puisqu’un excès de surface construite sur un lac serait susceptible d’entraîner une asphyxie de la biosphère aquatique par perte de lumière. Avec plus de 80% de la population mondiale vivant à moins de 100 km du littoral(4), et face aux enjeux du changement climatique et de la montée des eaux, le concept est cependant particulièrement porteur pour la sécurité et la résilience des territoires, à condition de le rendre accessible à tous.

    (1) Polder : les polders sont des surfaces artificielles construites sur l’eau afin de gagner en espace. Les Pays-Bas et le Japon sont connus pour leur recours à la poldérisation.
    (2) GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, fondé en 1988 par l’ONU et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Le GIEC peut se féliciter d’avoir reçu en 2007 le prix Nobel de la paix.
    (3) Écoquartier : quartier urbain s’inscrivant dans un objectif de développement durable et de réduction de l’empreinte écologique grâce à des innovations portant sur le bâtiment, les transports et le maintien de la biodiversité.
    (4) Chiffre des Nations Unies, 2010.

    Pour aller plus loin :
    You Tube – Des Maisons Flottantes à Amsterdam »
    Usine Nouvelle – Des immeubles flottants en Hollande »
    www.leforum.nl – Leeuwarden : quand les Néerlandais inventent le quartier flottant »

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  2. {numéro 8} – laure maud – belgique {2}

    17/12/2012

    Photographies : Laure Maud
    Texte : Cindya Izzarelli
    Extrait

    [...] Mon oncle, il avait une maison de « presqueriche », avec des vraies amphores grecques en plâtre devant et des géraniums sur deux côtés. C’est normal, il avait réussi. Réussi quoi, au juste, on ne savait pas, ça nous dépassait un peu. Tandis que les grands parlaient, on rêvassait, le chat sur les genoux, et on se disait vaguement que nous aussi, quand on serait grand, on aurait une maison avec un jardin devant-derrière et une balançoire. Les « pas riches » comme nous, ça vivait à même la rue, dans une maison-façade qui ne s’ouvrait que par devant, qui parfois ne connaissait pas d’autre lumière que celle des étroites fenêtres surchargées de babioles, avec pour tout jardin la parcelle d’à côté, ses touffes de graminées sauvages qui s’accrochaient aux chaussettes et pour toute vue, la mosaïque écaillée des façades lépreuses. [...]

    Photographies : Laure Maud

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  3. L’écologie industrielle : mimétisme de la nature

    12/11/2012

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    Texte : Annelise Fabbro
    Illustration : Fabien Roussel
    De l’origine industrielle à l’application urbaine
    « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Lavoisier

    Il y a quelques semaines maintenant s’est ouvert un tout nouveau complexe aquatique sur l’une des communes de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, à quelques kilomètres de Paris. Air ambiant, eau des bassins, espace relaxation et espace remise en forme sont tous chauffés par la récupération d’air chaud provenant d’un data center(1) situé à proximité. Une réutilisation qui devrait permettre « d’économiser » 741 tonnes de CO2 par an, soit une réduction de 90% par rapport à une installation classique. Premier bâtiment de ce type à Marne-la-Vallée, l’installation reprend des principes de l’écologie industrielle qui, eux, ne datent pas d’hier.

    C’est à Kalundborg, bourgade danoise, dès les années 1960 que quatre entreprises (production pharmaceutique, fabrication de plâtre, traitement des sols et raffinerie) et une centrale électrique vont, dans un élan de maturité, s’associer à la mairie de la commune et faire du respect de l’environnement, jusqu’alors perçu comme une contrainte, un atout. Ainsi s’ouvre l’issue de secours du paradigme économique selon lequel la production de richesses et l’écologie sont incompatibles. À l’origine du projet : une volonté de limiter les pertes, de redistribuer l’énergie et de réduire l’empreinte écologique. Objectif : ZÉRO déchet. À l’image des cycles naturels, les procédés vont lier intimement les industries entre elles, jusqu’à créer une dépendance. Trois principaux éléments vont forcer la relation : la réutilisation de l’eau, la gestion commune des déchets et l’économie d’énergie. Aujourd’hui les interactions se sont élargies jusqu’au port de la ville, ainsi on compte environ 25 synergies entre les diverses industries pour une économie annuelle de 15 millions de dollars.

    En 1989, Robert Frosh et Nicholas Gallopoulos, deux ingénieurs de General Motors, ont regroupé l’ensemble de ces processus en un concept innovant : l’écologie industrielle. Ils s’appuient sur l’idée que le système industriel actuel n’est pas viable pour deux raisons : une trop faible considération de la raréfaction des ressources et une ignorance mutuelle des entreprises à proximité et des flux qu’elles dégagent. Frosh et Gallopoulos évoquent un nouveau système basé sur un recyclage systématique des ressources et un partage entre structures d’une même zone. Inspirant de nombreux entrepreneurs, l’idée d’écologie industrielle pourrait être une réponse aux exigences de la norme ISO 26000 qui encourage les organisations à assumer leurs responsabilités environnementales au-delà des réglementations législatives. Une réponse écologique mais qui serait également, dans ce contexte de crise, une réponse économique au regard des chiffres annoncés par le parc industriel de Kalundborg.

    Alliant nouvelles technologies et bon sens, les projets d’écologie industrielle ont depuis fleuri. À Rotterdam, une vingtaine de kilomètres de pipeline(2) sont en construction pour transférer les vapeurs de l’industrie portuaire vers un hôpital. Suivant la même idée, la ville de Paris a mis en place un système de récupération de chaleur des eaux usées pour permettre de réduire la consommation d’électricité de deux écoles. La température des eaux usées est en moyenne supérieure à 15°C du fait du rejet des eaux de machines à laver, vaisselle, douche, etc. Il s’agit alors de les mettre en contact avec des matériaux conducteurs de chaleur comme des plaques de métal et de mobiliser ensuite cette chaleur.

    Ces diverses techniques de récupération d’énergie et de recyclage de déchets ne s’appliquent pas uniquement à ces parcs industriels. En effet, les secteurs agricole, touristique, bancaire, le monde médical et les télécommunications sont également concernés. Le concept s’applique dans l’urbanisme et l’architecture résidentielle à travers des projets d’éco-quartiers qui optimisent les systèmes de bouclage (ou recyclage) des déchets mais également le recours aux énergies propres pour le confort des habitants (chauffage de l’eau et de l’air). Un projet fait toutefois parler de lui dans le domaine de l’écologie industrielle appliquée au domaine résidentiel : à Abu Dabhi, une vaste éco-cité se construit : Masdar City, qui promeut et promet une harmonie entre les installations industrielles, la vie urbaine et la biosphère ainsi que des impacts réduits au maximum.

    (1) Le data center est un centre de traitement de données, un site physique sur lequel se trouvent regroupés des équipements constituants du système d’information de l’entreprise (mainframes, serveurs, baies de stockage, équipements réseaux et de télécommunications, etc.). Ces centres sont soumis à de fortes chaleurs dues au fonctionnement continu des appareils électriques.
    (2) Les pipelines sont des conduits (sous la forme de tuyaux) destinés à acheminer d’un point à un autre toutes sortes de matières liquides ou gazeuses.

    Pour aller plus loin :
    Solecopedia – Écologie industrielle »
    Inauguration-du-centre-aquatique-du-Val-d-Europe »
    Discovering ISO 26000.pdf »
    www.green-is-beautiful.com/blog/masdar-city-prospective-urbanisme »

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  4. 2013, vers un « verdissement » de la PAC ?

    26/09/2012

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    Texte : Camille André-Bataille & Annelise Fabbro
    Un moment décisif pour le choix d’une agriculture alternative

    En pleine réforme de la Politique Agricole Commune (PAC)(1), une nouvelle bombe vient d’exploser : la publication d’une étude montrant une augmentation du taux de mortalité chez des rats nourris au maïs OGM NK603 traité ou non par l’herbicide Roundup commercialisé par la firme Monsanto. Au delà d’alerter l’opinion publique au sujet des risques pour la santé possiblement liés à la consommation d’OGM, cette étude porte un coup de plus au système agricole actuellement dominant lié à l’utopie du contrôle absolu du champ cultivé et de l’artificialisation de la production dont la firme Monsanto est devenue l’emblème. Aujourd’hui les méfaits de l’agriculture industrielle sont connus : pollution chimique, épuisement des sols, destruction de la flore et de la faune mais également surproduction et pertes. Pourtant des solutions existent et sont connues depuis plusieurs décennies, reste à savoir si ces pratiques de bons sens seront prises en compte dans les débats autour de la réforme de la PAC.

    Suite au Grenelle de l’environnement de 2007 et aux discussions sur l’avenir de l’agriculture en France, une nouvelle certification est apparue : l’agriculture à Haute Valeur Environnementale (HVE). En attendant une mise en application et une certification, il existe déjà des modèles qui ont fait leurs preuves. Parmi ces solutions durables et naturelles, l’agriculture biologique promeut un respect des cycles écologiques naturels et interdit le recours aux intrants industriels. L’Agence Bio définit l’agriculture biologique comme une méthode de production s’appuyant sur un ensemble de pratiques en harmonie avec les équilibres naturels. Les objectifs sont multiples : préserver les sols, les ressources naturelles, l’environnement et les agriculteurs eux-mêmes. Emblématique de l’agriculture alternative, l’agriculture dite « bio » est l’une des pratiques les plus anciennes puisqu’elle est définie depuis les années 20 et reconnue depuis les années 70 par l’IFOAM(2). Le bio apparaît comme une pratique soucieuse de la qualité sanitaire et gustative du produit ainsi que du respect de l’environnement et d’un meilleur traitement des animaux d’élevage. Mais cette pratique doit être tout de même nuancée dans la mesure où elle peut être victime de dérives : cultures intensives au même titre que les cultures conventionnelles, profits sur des prix parfois excessivement élevés appliqués par des commerçants peu scrupuleux, etc.

    En effet, les prix des produits issus de l’agriculture biologique constituent souvent un obstacle qui freine la majorité des consommateurs, et ce, malgré le fait, qu’ils récompensent à sa juste valeur d’une part le travail fourni par les producteurs et ouvriers agricoles et d’autre part la qualité du produit, à l’inverse des produits agricoles conventionnels dont les prix sont fixés à un niveau souvent non rémunérateur par le cours des matières premières (défini à l’échelle internationale par la Bourse de Chicago) et génèrent le versement de subventions de soutien au revenu pour faire face à la volatilité des prix. Si le prix du panier bio est en moyenne plus cher que celui du panier conventionnel soit de 15 à 40% plus cher selon les produits et les enseignes, les produits en vente directe sont à contrario souvent moins onéreux que les produits vendus en grandes et moyennes surfaces, notamment grâce à l’absence de coûts intermédiaires de distribution ou de transformation.

    En France, en 2011, seulement 3,5% de la SAU (Surface Agricole Utile) étaient consacrés à l’agriculture biologique, soit plus d’un million d’hectares(3). Ainsi le secteur de l’agriculture biologique en France reste en retrait et ne parvient pas à satisfaire la demande croissante pour les produits issus de l’agriculture biologique. En effet, en 2010, 30% des produits biologiques consommés en France étaient importés, dont près de 40%(4) de produits déjà cultivés sur l’hexagone mais en volumes insuffisants. Un manque à gagner non négligeable qui permettrait d’éviter des importations polluantes qui interpellent au regard des avantages de l’agriculture de proximité et du circuit court. On ne peut en effet pas considérer la méthode de production sans s’interroger sur la provenance des produits agricoles dans la mesure où le transport des produits n’est pas sans conséquences, la consommation de carburants fossiles générée par les imports en avion, par camion et bateau était extrêmement importante. Cette surface promise à l’agriculture biologique semble aussi insuffisante dès lors que l’on évoque des projets tels que le recours aux produits issus de l’agriculture biologique dans les restaurants scolaires, mais également au regard des conclusions de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), qui soulignait déjà en 2007 que les formes d’agriculture biologique et alternatives pourraient nourrir 9 milliards d’êtres humains, alors que l’agriculture conventionnelle serait, elle, en échec.

    L’Agence Bio souligne toutefois une augmentation sensible des surfaces consacrées à l’agriculture biologique, avec un quart de surface supplémentaire au premier semestre 2012 qui porte la proportion de terres bio à 4%. Bien que l’on reste loin des 20% à l’horizon 2020 comme le prévoit le Grenelle de l’environnement, cette hausse s’accompagne d’une disponibilité accrue de produits français. Les filières laitières, viticoles et céréalières sont les plus concernées avec, notamment, une demande en lait couverte à 100% par les productions françaises.

    L’agriculture biologique n’est pas la seule alternative à l’agriculture intensive. De nombreux modèles agricoles alternatifs se développent. Tandis que l’agriculture raisonnée tente de limiter les effets négatifs des pratiques agricoles traditionnelles, la permaculture va jusqu’à concevoir les relations entre infrastructures humaines et surfaces agricoles comme des interactions biologiques à l’image de celles qui constituent les cycles écologiques naturels. Plus généralement, de nombreux nouveaux modèles sont autant de déclinaisons d’un nouveau paradigme agricole visant à faire évoluer l’agriculture à orientation quantitative vers une agriculture qualitative en associant le développement agricole à la protection de l’environnement. Quant à l’agroécologie, au delà d’une pratique, il s’agit d’une nouvelle conception de la production agricole et plus généralement du rapport de l’Homme à la nature intégrant dimensions économiques, sociales et environnementales. Il convient d’associer les connaissances culturelles et ancestrales héritées de populations fortement liées à la terre et aux écosystèmes dans lesquels ils vivent à des connaissances scientifiques modernes.

    Dans un tel contexte on ne peut que souligner la nécessité de développer un système de distribution, de commercialisation et de consommation plus adapté à l’expansion de ces nouvelles agricultures et au sein duquel elles prendraient toute leur pertinence. Dans cette optique, de nombreux agriculteurs et éleveurs s’engagent dans un circuit court, par opposition au circuit long des grandes et moyennes surfaces, et de proximité, prônant la vente à la ferme ou la redistribution par le biais de réseaux paysans tels que les AMAP, les GAS-AP en Belgique, les marchés locaux, ou les coopératives de producteurs comme par exemple Biocoop. De cette manière, les agriculteurs mutualisent leurs compétences et leurs matériels, et sensibilisent les consommateurs autour de leur activité. Ces derniers prennent alors de plus en plus conscience de la valeur des denrées, de leur qualité ainsi que de leur saveur, tout en réapprenant à consommer : produits issus de l’agriculture biologique, produits de saison et produits locaux.

    L’attente est bien réelle concernant la mise en place d’aides à la reconversion à l’agriculture biologique, principal frein au développement de la filière. Si la mise en place de systèmes de distribution des produits agricoles alternatifs reste aujourd’hui avant tout l’œuvre d’initiatives locales et associatives, les attentes concernant la réforme de la PAC restent fortes en matière de soutien à des systèmes de production plus durables. Dès 2009, le groupe PAC 2013(5) faisait part de ses inquiétudes quant à l’enveloppe budgétaire consacrée aux agricultures durables, qui en proportion à l’agriculture conventionnelle semblait bien réduite, rendant la reconversion en bio particulièrement difficile pour les agriculteurs. D’autre part, les inquiétudes tournent principalement autour des aides proposées aux agriculteurs biologiques qui devront probablement répondre à trois conditions : au moins trois cultures sur les terres arables, maintien des prairies permanentes à 95% et avoir 7% de surfaces d’intérêt écologique. Des conditions jugées trop contraignantes et en inadéquation avec la situation des cultivateurs et des éleveurs de l’ensemble de l’Union Européenne. En attendant les résultats des négociations autour de la nouvelle PAC et son possible « verdissement », le dossier OGM n’est pas suspendu. La Commission Européenne a en effet signalé qu’elle était prête à prendre les décisions nécessaires si les résultats de l’étude de Gilles-Éric Séralini, professeur de biologie moléculaire et chercheur à l’Institut de Biologie fondamentale et appliquée de l’université de Caen, venaient à être confirmés.

    (1) La Politique Agricole Commune est une politique mise en place à l’échelle de l’Union Européenne en 1962 pour répondre à quatre objectifs fondamentaux : accroître la productivité de l’agriculture, assurer la parité économique et sociale chez les agriculteurs, stabiliser les prix et réguler les marchés agricoles et assurer la sécurité alimentaire par des prix raisonnables dans les grands produits de consommation. Révisée en 1984, 1992, 2003 et bientôt en 2013, la PAC a subi d’importantes évolutions dans ses outils et ses orientations.
    (2) IFOAM : International Federation of Organic Agriculture Movements
    (3) Chiffres issus du rapport L’agriculture biologique, chiffres clés – Éditions 2011 publié par l’Agence Bio
    (4) Chiffre du GIP Agence Bio sous l’égide du Ministère de l’Agriculture
    (5) Créé en 2007, le groupe PAC 2013 est un carrefour d’échange, un espace de discussion et un lieu de réflexion et d’élaboration de propositions, qui promeut une approche intégrée de la politique agricole, notamment pour la réforme de la PAC 2014-2020, en conciliant des objectifs de souveraineté alimentaire, de protection de l’environnement, et de développement rural.

    Pour aller plus loin :
    Agence Bio »
    FAO »
    OGM, l’étude alarmante qui relance le débat – Ouest France »

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  5. Gouvernance alimentaire et agriculture locale : la DRAAF Midi Pyrénées s’investit

    25/09/2012

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    Texte : Camille André-Bataille
    Agriculture durable : « Penser global, agir local »(1)

    Alors que la Politique Agricole Commune (PAC) 2009-2012 touche à sa fin, de nouvelles perspectives sont envisagées dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation. À l’échelle nationale et surtout à l’échelle régionale, nombreux sont les acteurs qui agissent en faveur du développement des pratiques agri-environnementales : agriculture biologique, circuits courts et de proximité, agroécologie(2)… Ainsi, avec la révision de la PAC en 2013, de nombreux acteurs ont accéléré leur mobilisation autour de ces problématiques et ont entrepris la mise en œuvre de projets stratégiques d’évolution des pratiques agricoles durables. C’est le cas de la DRAAF Midi Pyrénées, qui lançait en mars 2012 un audit patrimonial(3) sur l’amélioration de la gouvernance alimentaire sur le territoire.

    En France, les Directions régionales de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) sont des services déconcentrés du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire qui ont pour mission de mettre en œuvre au niveau de la région la politique nationale en matière d’alimentation, d’agriculture et de forêt. Sous l’autorité fonctionnelle du préfet de région et hiérarchique du ministre de l’Agriculture, les DRAAF interviennent dans les domaines de l’élevage, l’agriculture, l’agroalimentaire, la foresterie, la gestion des produits phytosanitaires et le développement durable. Leur rôle proactif de coordination, programmation, contrôle et circulation de l’information dans les régions font d’elles un macroacteur essentiel dans la mise en place de nouvelles politiques en matière de pratiques agricoles et développement durable et rural des territoires. Elles mettent de plus en plus l’accent sur la compétitivité des filières agricoles notamment biologiques et de proximité, sur l’installation d’exploitants aux pratiques agricoles novatrices et sur la préservation de l’environnement grâce au pilotage et à l’animation de projets d’aide, de financement et de développement en partenariat avec d’autres services publics, environnementaux, des organisations professionnelles et des associations.

    À ce titre, la DRAAF Midi Pyrénées a commandité en mars 2012 un audit patrimonial sur la question de la gouvernance alimentaire sur le territoire, afin d’identifier les différents acteurs, micro et macro, impliqués et actifs autour de cette problématique et de proposer des perspectives d’évolution à la situation. Plus d’une centaine d’acteurs ont été audités, aussi bien à l’échelle régionale (DRAAF, Conseil Régional, syndicats et associations, Chambre d’agriculture…) qu’à l’échelle locale (Parcs Naturels Régionaux, agriculteurs, éleveurs, coopératives, CUMA(4), ateliers de transformation…), ceci grâce à la participation du Parc Naturel Régional des Grands Causses Midi Pyrénées. Les résultats de l’audit ont été présentés en mai dernier et ont permis de mettre en évidence de nombreuses initiatives locales en matière de circuits courts et de proximité, souvent marginales mais très prometteuses, qui maintiennent une dynamique sur le territoire et entretiennent le patrimoine culturel et naturel de la région.

    Sans surprise, les acteurs insistent sur l’importance du rapport entre l’Homme et la terre nourricière et sur la nécessité de préserver cette relation étroite et sensible à travers des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement mais aussi des Hommes. L’accent est alors porté sur une redéfinition à la fois de la production agricole et des habitudes de consommation. Si les agriculteurs, les éleveurs et les intermédiaires de production doivent faire évoluer leurs pratiques, les consommateurs doivent également participer à ce changement et adapter leurs habitudes d’achat. Les services de l’État et les acteurs économiques ne sont pas en reste car beaucoup d’obstacles d’ordre économique (frilosité des banques pour accorder des prêts aux jeunes exploitants, augmentation des prix des matières premières), et réglementaire (normes sanitaires trop contraignantes) doivent être levés pour faciliter le mouvement car l’alimentation est plus que jamais l’affaire de tous. Mais ce constat étant fait, la mobilisation des acteurs et des moyens reste délicate. Les syndicats agricoles et les associations locales regrettent un investissement humain et un soutien financier trop maigres de la part des services publics quand ces derniers déplorent un marché incertain et trop peu structuré où l’action individuelle prime sur l’action commune.

    Cet audit patrimonial n’est que la première étape d’un long processus de réflexion, de partage et de mutualisation des connaissances et des compétences. Si sa réalisation n’avait pour but que de construire une vision commune de la situation, elle aura permis de mobiliser les acteurs autour d’une cause partagée et cruciale. Des acteurs qui, pour beaucoup, attendent vivement et avec impatience la suite qui sera donnée à cette démarche.

    Mais ces mêmes acteurs ne se bercent pas d’illusions : le circuit court existe depuis plus de 30 ans, et les démarches de soutien à ces productions sont bien trop rares. Si les uns acclament les résultats de l’audit et la mobilisation massive autour de la problématique, les autres se tournent vers les mois et les années à venir avec scepticisme. Un audit n’engage en rien une décision d’action et beaucoup estiment que le dialogue a fait son temps : place au mouvement. La balle est alors dans le camp des services publics et notamment de la DRAAF qui dispose du dossier complet et de la possibilité de le faire remonter au ministère. L’année 2013 et la réforme de la PAC seront synonymes de nouvelles perspectives pour les pratiques agricoles, laissant le champ libre à une agriculture nouvelle où le respect de la terre et des Hommes devient une priorité. Mais l’étude initiée par la DRAAF Midi-Pyrénées souligne le fait que l’ensemble des démarches doit être mené de concert entre tous les acteurs, qu’ils soient locaux ou nationaux.

    (1) Citation de René Dubos prononcée pour la première fois en 1978 et faisant référence à l’argument selon lequel les problèmes environnementaux mondiaux ne sont concrètement appréhendables qu’au travers de démarches locales prenant en compte les paramètres écologiques, économiques et culturels du territoire. René Dubos était un agronome, biologiste et écologue français.
    (2) Le terme « agroécologie » définit un nouveau paradigme intégrant dimensions économiques, sociales et environnementales dans leur globalité. Il s’agit d’associer les connaissances culturelles et ancestrales des peuples qui ont toujours été fortement liés à la terre et aux écosystèmes dans lesquels ils vivent à des connaissances scientifiques modernes.
    (3) L’audit patrimonial est une démarche d’identification et de résolution de problèmes complexes et multi-acteurs s’appuyant sur la collecte d’informations auprès des différents acteurs concernés.
    (4) Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole.

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