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animal copyright foundation - gregory colbert - de l’esthétique verte



ANIMAL COPYRIGHT FOUNDATION, 1% POUR LES ANIMAUX - GREGORY COLBERT.
par Emma Namba


« Parce qu’ils sont sans voix, les animaux n’ont jamais été payés pour l’utilisation de leur image ». Cette simple constatation est le point de départ de l’Animal Copyright Foundation (ACF) qu’a lancé l’artiste photographe Gregory Colbert. Avec pour objectif de collecter l’équivalent de 1% des budgets d’espaces média de toute campagne publicitaire qui utilise les animaux, l’ACF pourrait devenir la fondation animalière la plus riche de la planète. Si le monde des médias et des annonceurs acceptent de jouer le jeu…




photographie : gregory colbert


« Pour soutenir et préserver le monde dans lequel nous vivons, nous devons rendre ce que nous avons pris. Nous sommes la génération la plus riche de l’histoire de l’humanité parce que nous avons pris beaucoup et que nous n’avons rien donné. » C’est en faisant ce constat que Gregory Colbert, artiste sans frontières, photographe et auteur de l’exposition itinérante Ashes and Snow, décide de lancer l’ACF (Animal Copyright Foundation).

Si les publicitaires rétribuent le travail d’un bambin rieur et joufflu pour vendre des céréales chocolatées, si ils font des ponts d’or à des vedettes sportives pour vendre des chaussures à logo, jusqu’à présent « parce qu’ils n’ont été représentés par personne, les animaux eux n’ont jamais été payés pour l’utilisation de leur image » explique Gregory Colbert. On pense au Tigre de Esso et au Lion de la Métro Goldwyn Mayer et on se dit que ces deux félins-là auraient pu devenir riches ! Aujourd’hui la cause des animaux « exploités » en publicité a trouvé un avocat inspiré et inventif.

Les annonceurs sont-ils prêts à jouer le jeu ?

Ce que souhaite Gregory Colbert c’est de convaincre les annonceurs qui utiliseront un guépard pour revamper l’image d’un 4X4, un zèbre pour vendre un gâteau marbré chocolaté ou un aigle royal pour faire décoller les ventes d’une compagnie aérienne, à contribuer à l’ACF à hauteur de 1% de leur budget média. Si l’on en croit le très sérieux The Economist le budget publicitaire annuel américain avoisine les 450 Milliards de Dollars. Quand on sait que les animaux apparaissent dans environ 10 à 30% des publicités, la fondation Animal Copyright pourrait rapidement devenir l’une des plus riches de la planète.




photographie : gregory colbert


La question est évidemment de savoir si Gregory Colbert sera suivi par les entreprises. Il est certainement un homme persuasif (il a convaincu Rolex de sponsoriser son exposition itinérante Ashes and Snow). Mais ce qui comptera le plus d’après lui est l’influence du peer to peer dans le business et la vigilance des consommateurs eux-mêmes. Un logo ACF estampillera les campagnes publicitaires des annonceurs participants au programme. Ce logo (le C de Copyright incrusté dans la silhouette d’un éléphant) marque le geste « symbolique » des entreprises impliquées. Pas de logo : mauvaise image et à terme influence négative pour la marque. Cette empreinte servira de rappel visuel constant que ce que l’on prend à la nature d’une main, on doit le rendre de l’autre. Un principe de base de tout écosystème en équilibre, qui n’est visiblement plus compris par l’homme.




photographie : gregory colbert


99% des fonds récoltés seront redistribués à des fondations pour la protection de la nature et des espèces animales dans le monde. Une liste de ces organisations est disponible sur le site de la fondation. Le 1% restant couvrira les frais de fonctionnement administratif.

« Nous venons de lancer le programme explique Mary Bahr, productrice de Ashes and Snow, ainsi que le site web officiel de la fondation ; www.animalcopyright.org, et l’idée est que le programme s’auto-gère : les contributeurs envoient les fonds directement aux organismes de préservation de leur choix. Nous avons pré-sélectionné nos organismes « préférés » sur notre site pour aider les annonceurs à choisir. Une fois qu’ils ont fait leur don, ils peuvent référencer leur campagne sur notre site et utiliser le logo Animal Copyright. Ashes and Snow a déjà versé 10 000 dollars à ‘Naturalia’, un programme de sauvegarde du Jaguar au Mexique. ».




photographie : gregory colbert


« Il est temps de renégocier notre contrat avec la nature et le vivant. La campagne de lancement de ACF se déploiera pleinement après l’exposition de Mexico qui mobilise pour l’instant 100% de la petite et enthousiaste équipe de Ashes and Snow. « Dans les six prochains mois, nous publierons un nouveau communiqué de presse et l’annonce des premiers contributeurs à la campagne : Rolex en tête », nous confirme Mary Bahr. Six mois qui s’annoncent déterminants pour faire grandir le ‘buzz’. Car pour qu’une idée aussi novatrice prenne racine dans la conscience des Hommes, il faudra sans doute du temps. La nature, elle, est prête. « Notre utilisation abusive du vivant a conduit à une impasse ; il est temps de renégocier notre contrat avec la nature et le vivant » confirme Gregory Colbert.




photographie : gregory colbert


Gregory Colbert ne veut pas changer le monde, juste notre façon de le regarder. Au cours de 14 années nomades, de 34 expéditions itinérantes, en collaborant avec plus de 45 espèces animales : cachalots, lamantins, élans, éléphants, faucons pèlerin, grues cendrées… Suivant le cours des fleuves et des routes de notre planète, il a réuni ce fabuleux bestiaire - l’oeuvre de sa vie - Ashes and Snow. Cette exposition itinérante, partie de Venise en 2002, est passée par New York en 2005, Los Angeles en 2006 et Tokyo en 2007. Elle est actuellement à Mexico jusqu’au 27 Avril. Puis demain au Brésil, et bientôt l’Europe à nouveau. Elle est passée par ici, elle repassera par là. Chaque fois, elle attire les foules (plus d’un million et demi de spectateurs depuis Venise), embrase les esprits, ouvre les coeurs. « Mes images parlent au coeur » explique en substance Gregory Colbert car seul le coeur a la faculté d’ouvrir l’esprit, d’apaiser les contradictions, de suspendre l’esprit critique. La sérénité des photographies ombre et sépia de Gregory Colbert évoquent le souvenir lointain d’un éden perdu où l’homme et la bête partageaient les berges de la même rivière, l’ombre des oasis. 



article extrait du web(maga)zine GREEN IS BEAUTIFUL n°5 du mois de mars 2008




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